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Pratique Clinique

Soin de plaies en néonatalogie

Louise Forest-Lalande

Bien que différentes des plaies de l’adulte, les lésions cutanées observées chez la population pédiatrique nécessitent la prise en considération de différents aspects propres à l’âge et au problème de santé de l’enfant. Parmi ces aspects soulignons la physiologie cutanée du prématuré, l’impact psychologique d’une plaie chez l’enfant, les facteurs de risque de plaies de pression. Cet article propose quelques principes de base pour le soin des plaies en néonatalogie. De nombreux bébés prématurés de très petit poids (500-600 grammes, 24-25 semaines d’âge gestationnel) sont maintenant traités dans les grands centres pédiatriques, et bien que leur processus de cicatrisation soit similaire à celui de l’adulte, la connaissance de certaines caractéristiques de leur physiologie cutanée est nécessaire pour éviter toute intervention susceptible de causer préjudice à leur peau fragile.

Physiologie de la peau du prématuré
La peau du nouveau-né prématuré de petit poids est transparente, rouge, et elle a une apparence gélatineuse. La couche cornée possède peu de couches cellulaires et la jonction entre l’épiderme et le derme est très fragile à cause de l’immaturité des structures d’ancrage. À cause de ce manque de développement de la couche cornée, les fonctions de barrière protectrice de la peau du prématuré sont compromises, ce qui se manifeste par une perméabilité élevée 1,5, des pertes d’eau trans-épidermiques plus importantes1,5 et une sensibilité accrue aux infections.1,5,9 Au chapitre de la perméabilité, les recherches de Harpin et Rutter ont démontré que chez le nouveau-né prématuré, les produits appliqués de façon topique sont absorbés ce qui génère des risques de toxicité systémique. 1,5,9 Pour diminuer les pertes d’eau trans-épidermiques, protéger l’intégrité de la couche cornée et améliorer la fonction de barrière cutanée, l’application d’un onguent émollient sans préservatif (ex : Aquaphor) quatre fois par jour est conseillée chez les nouveaux-nés de moins de 30 semaines d’âge gestationnel. 1,3,7,10

Une technique adéquate de lavage des mains est recommandée pour toute personne en contact direct avec cette clientèle pour prévenir les risques d’infection. De plus, le bain n’est recommandé que pour nettoyer la peau souillée et il ne devrait pas être donné sur une base quotidienne chez le nouveau-né prématuré.1. L’utilisation d’un savon doux ou d’un agent de nettoyage à pH neutre est préconisée pour éviter de compromettre la formation du film acide de la peau. 4,11 Lors d’une étude complétée en 1998, Lund et al. ont démontré qu’un niveau de maturation comparable à celui de l’adulte est atteint vers 30 à 32 semaines d’âge gestationnel, quel que soit l’âge chronologique de l’enfant .9 Types de plaies observées chez le nouveau-né prématuré

Nous avons observé chez les bébés prématurés de petit poids les plaies suivantes:

  • Arrachement de l’épithélium
  • Plaies de pression, friction et cisaillement
  • Brûlures chimiques ou thermiques
  • Réaction au latex
  • Infiltration

La majorité de ces plaies, quand on tient compte des particularités de la peau du prématuré, peuvent toutefois être évitées.

Arrachement de l’épithélium
Il est recommandé de réduire l’utilisation de produits adhésifs chez les bébés prématurés et, quand cela est vraiment nécessaire, il est conseillé:

  • D’appliquer un pansement hydrocolloïde, de préférence mince, comme base de fixation pour les tubes, les cathéters ainsi que l’équipement de monitorage. Ces pansements devraient rester en place au moins 24 heures pour éviter de traumatiser la peau par des changements trop fréquents. Les pansements hydrocolloïdes minces devraient être appliqués sur les surfaces cutanées non soumises à la pression. L’expérience clinique nous a permis d’observer qu’ appliqué sur une surface soumise à la pression, par exemple le dos ou l’occiput, ce type de pansement a tendance à fondre sur la peau et à y adhérer de façon excessive. Il faut se rappeler que le bébé est dans un incubateur ou sous une lampe chauffante, ce qui contribue à augmenter l’adhérence du pansement.
  • D’éviter d’utiliser des produits de protection liquides ou en pâte chez les patients stomisés car ces produits contiennent habituellement de l’alcool. Idéalement, il faut appareiller les stomies digestives et veiller à appliquer un protecteur cutané solide sous l’appareil collecteur, à moins qu’il ne soit déjà intégré au sac. Les laboratoires pharmaceutiques offrent maintenant des produits adaptés aux bébés prématurés.
  • D’éviter l’utilisation de produits qui augmentent l’adhérence des pansements, tels les colles, les ciments et les gommes. Ces produits contiennent des substances pouvant traverser la barrière cutanée, et de plus ils créent entre la peau et l’épiderme un lien plus fort que le lien qui existe entre l’épiderme et le derme.
  • Il est recommandé d’utiliser des produits à micro-adhérence ou d’utiliser de l’eau tiède pour retirer les adhésifs. L’utilisation des solvants est à bannir, à cause du risque de toxicité.

Brûlures thermiques
Nous avons observé des brûlures de premier et de deuxième degré causées par les capteurs de CO2, PCO2 et SO2 chez les nouveaux prématurés. De façon préventive, il est recommandé de changer la localisation des capteurs à toutes les deux heures et de les utiliser à la plus faible température. 1,9 L’utilisation de sulfadiazine d’argent, le traitement classique des brûlures, n’est pas recommandée chez cette clientèle car elle contient des substances pouvant traverser la barrière cutanée et causer des effets secondaires néfastes. L’utilisation de ce produit n’est d’ailleurs pas recommandé durant le premier mois de vie, même chez le nouveau-né à terme. 2

À cause de la perméabilité cutanée, il convient de vérifier la composition exacte des hydrogels si c’est notre choix thérapeutique, car certains contiennent des substances indésirables (Ex : propylène glycol) L’utilisation d’hydrogels nécessite de plus l’application d’un pansement secondaire, ce qui n’est pas toujours souhaitable. Nous privilégions les interventions en une étape, telle l’application d’un pansement hydrocolloïde mince, qui favorise un milieu humide tout en ne gênant pas les mouvements de l’enfant.

Brûlures chimiques
Certaines procédures comme l’installation d’un cathéter ombilical, requièrent l’utilisation de produits désinfectants irritants. Il est important de bien rincer la peau après la procédure pour éviter tout risque de brûlure chimique. Nous traitons habituellement ce type de brûlures, souvent localisées au niveau du dos de l’enfant, avec un pansement de gel de silicone perforé à micro-adhérence plutôt qu’avec un pansement hydrocolloïde puisque cette surface est soumise à la pression. Le pansement de silicone perforé favorise une certaine humidité au niveau de la plaie tout en ne générant pas de traumatisme lors du retrait.

Plaie de pression, friction et cisaillement
Pour le traitement des plaies de pression, majoritairement retrouvées au niveau de l’occiput, il est recommandé de raser le site de la plaie de façon à bien localiser toute atteinte de l’intégrité cutanée. Encore une fois, la pratique clinique nous a permis de comprendre qu’il vaut mieux ne pas utiliser de pansement hydrocolloïde sur les plaies de pression à l’occiput, pour les raisons mentionnées précédemment. L’utilisation de pansement-mousse de silicone à micro-adhérence combinée à un gel exempt de produits toxiques favorise un milieu humide tout en diminuant l’étendue de la région à raser puisque le retrait du pansement ne cause pas l’arrachement des cheveux environnant la plaie. Des plaies de friction et de cisaillement ont été observées au niveau des membres inférieurs des bébés, la plupart du temps ces lésions sont secondaires aux massages effectués lors des prélèvements sanguins par micro-méthode au niveau des talons. De façon préventive, il est recommandé de varier les sites de ponction et d’appliquer des bandelettes de pansements hydrocolloïdes minces pour prévenir ainsi que traiter ces lésions1.

Allergie au latex
L’utilisation de produit contenant du latex peut générer des lésions cutanées chez le nouveau-né prématuré. Les intervenants sont de plus en plus sensibilisés à ce type d’allergie et évitent l’utilisation de tout produit à base de latex.

Infiltration
Malgré les meilleures pratiques, il arrive que des solutés s’infiltrent. À titre préventif, les accès vasculaires sont vérifiés à toutes les heures et au moindre signe d’infiltration, la perfusion est cessée. Certains produits tels la hyaluronidase et la phentolamine, injectés par voie sous-cutanée dans les heures suivant l’infiltration favorisent la diffusion des substances nocives, limitant ainsi des dommages cutanés ultérieurs.1

Conclusion
L’intervention auprès des bébés prématurés requiert que l’on tienne compte des particularités de leur physiologie cutanée. Avant d’appliquer tout produit topique sur leur peau, il vaut mieux valider auprès des laboratoires pharmaceutiques la composition exacte du produit ainsi que de leurs recommandations tant qu’à l’utilisation de ce produit chez la clientèle de néonatalogie. La plupart du temps, les plaies de nouveau-nés prématurés guérissent rapidement, mais comme chez l’adulte, la prévention demeure toujours le meilleur traitement.

 

   

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Last modified:
November 7, 2003