Brian Kunimoto, MD, FRCPC; Maureen Cooling, Inf, Stomothérapeute; Wayne Gulliver, MD, BMSc, FRCPC; Pamela Houghton, BSc, PT, PhD; Heather Orsted, Inf, BScInf, Stomothérapeute; et R. Gary Sibbald, MD, FRCPC
Dr Kunimoto est Professeur adjoint d'enseignement clinique, Division de dermatologie, Département de médecine, à la University of British Columbia, Vancouver, Colombie-Britannique, Canada. Mme Cooling est membre des Infirmières de LOrdre de Victoria du Canada, Toronto, Ontario. Dr Gulliver est Chef du Département de dermatologie à Memorial University, Terre-Neuve, Président de dermatologie à la St. John's Health Care Corporation et Directeur médical de NewLab Clinical Research Inc., St. Johns, Terre-Neuve. Dr Houghton est professeure adjointe, School of Physical Therapy, University of Western Ontario, London, Ontario. Mme Orsted est spécialiste clinique au département Skin and Wound Management, Calgary Wound Care, Calgary, Alberta. Dr Sibbald est directeur de la Dermatology Day Care and Wound Healing Clinic, Sunnybrook and Womens College Health Sciences Centre, Directeur de léducation continue au Département de médecine, et Professeur adjoint de médecine, University of Toronto, Toronto, Ontario. Ladresse de correspondance est la suivante : Heather Orsted, 9003 33rd Avenue NW, Calgary, Alberta, T3B 1M2, Canada.
Linsuffisance veineuse chronique constitue la première cause dulcères de la jambe. Son incidence augmente avec le vieillissement de la population. Le traitement des ulcères veineux de la jambe comprend le traitement de leur cause, la maximisation du traitement local des plaies et la réponse aux besoins spécifiques du patient. La pierre angulaire du diagnostic dinsuffisance veineuse chronique consiste en la mise en évidence dune affection veineuse. Le clinicien devra éliminer de son diagnostic toute artériopathie concomitante significative en menant une évaluation clinique exhaustive ainsi quun test qui permettra de mesurer lindice de pression tibio-brachiale. Laspect le plus important du traitement consiste à réduire ldème à laide dune thérapie de compression élevée chez les individus dont la pression tibio-brachiale est égale ou supérieure à 0,8. Laugmentation de la mobilité et la gestion médicale constituent dautres moyens permettant de traiter avec succès linsuffisance veineuse chronique. Certains patients répondent favorablement à la chirurgie, aux agents biologiques, aux traitements auxiliaires et à lamélioration de leurs habitudes de vie. Douze recommandations ont ainsi été formulées à la lumière des résultats des recherches les plus récentes, des meilleures pratiques cliniques actuelles ainsi que de lexpertise des spécialistes du domaine. La meilleure approche concernant le problème des affections veineuses consiste en lintervention dune équipe multidisciplinaire appuyée par la participation active des patients et de leurs familles. Les auteurs désirent ainsi proposer un guide pratique et facile à suivre qui encouragera chez les professionnels de la santé ladoption des meilleures pratiques cliniques.
Ostomy/Wound Management 2001, Vol. 47, No 2, p. 3450
Depuis quelques années, lAssociation canadienne du soin des plaies (ACSP) sest impliquée de différentes façons dans la gestion des ulcères veineux de la jambe; elle a ainsi formulé 12 recommandations portant sur les meilleures pratiques cliniques en matière de soins aux patients. Ces données sont présentées sous la forme dun protocole qui peut être mis en pratique de manière efficace pour le diagnostic, le traitement et la prévention des ulcères veineux de la jambe (voir le Guide de référence rapide au tableau 1).
Obtenir une anamnèse complète pour déterminer les caractéristiques veineuses et éliminer dautres diagnostics. Évaluer la douleur et identifier les facteurs systémiques et locaux qui peuvent gêner la cicatrisation des plaies
Histoire de la maladie veineuse. Létude de lhistoire clinique du patient permet didentifier de nombreux et importants facteurs de risque. Le fait dêtre debout ou assis pendant de longues périodes peut augmenter chez le patient le risque de développer une hypertension veineuse.1 Lobésité, des grossesses multiples et un historique de graves traumatismes aux jambes constituent autant de facteurs de risque pour les maladies veineuses chroniques.2 Des antécédents cliniques de thrombose veineuse profonde (TVP) ou une faiblesse congénitale peuvent endommager les valves et constituer un événement précurseur de lapparition ddèmes, de signes dinsuffisance veineuse et de risques subséquents dulcère veineux. Les varices, un éveinage antérieur ou un traitement sclérosant révèlent tous des anomalies du système veineux pouvant mener à lapparition dulcères veineux de la jambe. Des varicosités sur la surface peuvent résulter dune seule affection superficielle ou être combinées avec lulcération dune veine perforante et/ou dune veine profonde.
Il est important détablir la chronologie des événements. Lapparition dun ulcère peut être dorigine traumatique ou secondaire à un dème, à une infection, ou encore résulter dune combinaison de facteurs. Il est important de demander au patient sil souffre denflure aux jambes en fin de journée et, si tel est le cas, depuis combien de temps. Les patients notent souvent une démangeaison importante de la peau localement et celle-ci risque de se rompre en laissant sécouler un exsudat. Il peut sagir là de lévénement qui entraînera linfection locale. Éventuellement, la face interne de la cheville pourra devenir hyperpigmentée en raison dune fuite de globules rouges laissant derrière eux des dépôts dhémosidérine et de mélanine. Parmi les changements qui surviennent à plus long terme, on note également lépaississement de la cheville avec un dème qui ne prend pas le godet (fibrose ligneuse) et ne se résorbe pas en position couchée.
Le clinicien devra sinformer de tout traitement topique antérieur. Les patients atteints de maladies veineuses sont particulièrement susceptibles de réagir aux irritants et aux allergènes. On note parmi ces derniers le latex, les parfums, la lanoline, la néomycine et plusieurs autres antibiotiques topiques ainsi que certains remèdes maison (incluant les médecines douces). Sil y formation dun ulcère, la chronologie des traitements locaux et des bandages appliqués permettra au clinicien didentifier les soins qui ont facilité la guérison et ceux qui y ont nui.
La douleur. Les ulcères veineux sont douloureux. La douleur peut également être causée par une phlébite (superficielle ou profonde), linfection ou certains facteurs locaux qui affectent la plaie (débridement, changement de pansements ou sensibilité à lun des composants du pansement). Certains cofacteurs, tels que lartériopathie, peuvent provoquer la douleur. La douleur artérielle peut être accrue par lélévation du membre atteint et produire une claudication intermittente du mollet ou une raideur locale pendant la marche. La maladie veineuse est souvent associée à une douleur survenant en fin de journée, et ce, tout particulièrement suite à une durée prolongée debout ou assis. Ldème qui en résulte est souvent réduit par la prise dune position allongée et lélévation du membre atteint.
Les facteurs pouvant affecter la cicatrisation des plaies. Margolis et al3 ont identifié plusieurs facteurs associés à une incidence accrue dulcères veineux de la jambe ne se cicatrisant pas. On a analysé chez quatre cent trente trois patients consécutifs un certain nombre de facteurs à laide dun modèle de régression logistique multiple. Présentés dans lordre de rapports de cotes, les six facteurs de risque suivants sont ainsi apparus comme étant statistiquement significatifs :
1. Lhistoire clinique de ligature de veine ou déveinage rapport de cote : 4,58
2. Une chirurgie à la hanche ou au genou rapport de cote : 3,52
3. IPTB < 0,8 rapport de cote : 3,52
4. La fibrine (jaune > 50% de la base de lulcère) rapport de cote : 3,42
5. Une taille plus grande (surface) rapport de cote : 1,19
6. Une durée plus longue, en mois rapport de cote : 1,09.
Un rapport de cote de 4,58 signifie quun patient ayant déjà subi une ligature de veine ou un éveinage a deux fois moins de chances de guérir avant la 24e semaine quun patient qui na pas subi lune de ces interventions. Cette analyse a permis de constater que le diabète sucré, une thrombose veineuse profonde antérieure, des varices visibles, la lipodermatosclérose ainsi quun contour de plaie ayant un tunnel sous-jacent navaient pas dincidence marquée sur les résultats.
Le fonctionnement du processus de cicatrisation des plaies requiert la présence déléments constitutifs tels que les protéines, les vitamines et les oligo-éléments, et ce, dans des quantités suffisantes. Il sera ainsi avisé de consulter un nutritionniste ou diététicien sil apparaît quune carence nutritionnelle significative risque de nuire au processus de cicatrisation de la plaie. Les carences dues à un apport trop faible de protéines et de vitamines sont courantes chez les personnes âgées. Même dans les meilleures conditions cliniques, la bonne gestion de ces carences pourra faire la différence entre la cicatrisation et la non cicatrisation dune plaie.
Il est important de connaître les antécédents médicamenteux du patient. Des médicaments tels que la prednisone et les agents immunosuppresseurs peuvent avoir une influence résolument négative. Plusieurs patients utilisent par eux-mêmes des agents nettoyants antiseptiques qui se sont avérés être toxiques pour les fibroblastes. Dautres patients vont appliquer des stéroïdes topiques puissants sur la plaie alors que ces agents sont conçus pour être appliqués sur la peau environnante.
Enfin, les patients et leurs soignants peuvent suivre le dogme traditionnel consistant à laisser la plaie à lair libre former une croûte sèche, ce qui retarde la cicatrisation.
Évaluation de la région périphérique de lulcère. Lapparence de la peau entourant lulcère est un élément important dans létablissement dun diagnostic dulcère veineux. Linsuffisance veineuse en stade précoce présente un dème qui prend le godet quil faut distinguer de linsuffisance cardiaque congestive et dautres affections systémiques. La maladie avançant, une pigmentation irrégulière de la région du mollet inférieur survient, pigmentation causée par des dépôts de fer et de mélanine dans la peau (voir illustration 1). Une lipodermatosclérose apparaît souvent plus tard (la peau semble comme tendue en place et atrophiée, présence de télangiectasie, dhyperpigmentation et dhypopigmentation) alors que des dépôts de fibrine dans le derme profond et le gras provoquent une induration ligneuse du mollet. Ceci peut contribuer à suggérer lapparence dune ´ jambe en forme de bouteille de champagne inversée. ª On note souvent et simultanément une apparence datrophie blanche, laquelle se présente comme des zones blanches de peau extrêmement mince et pointillée de minuscules vaisseaux sanguins tortueux. Il est important de reconnaître latrophie blanche (voir illustration 2), car cette peau mince est fragile et les ulcères peuvent sy développer après un traumatisme mineur. Leczéma connu sous le nom de ´ dermatite de stase ª peut apparaître dans la région du mollet inférieur. Cependant, ´ stase ª constitue une fausse appellation puisquune stase réelle du sang nexiste pas; mais laccumulation de fluides et lextravasation de globules rouges dans le derme sous-jacent peuvent causer une irritation de la peau. On peut regrouper les caractéristiques de la peau et des structures environnantes en quatre classes fondées sur les caractéristiques des pathologies, ce qui aide souvent à déterminer la force des vêtements de compression à utiliser (voir tableau 2).
Déterminer la/les cause(s) de linsuffisance veineuse chronique selon létiologie : anomalie valvulaire (reflux), obstruction ou insuffisance de la pompe du mollet
Lhypertension veineuse est principalement causée par lune des trois pathologies majeures suivantes :
1. Le reflux, également connu sous le nom de dysfonction valvulaire.
2. Lobstruction, cest-à-dire le blocage complet ou partiel de veines profondes. Le reflux et lobstruction peuvent coexister.
3. La défaillance fonctionnelle de la pompe musculaire du mollet causée par une activité réduite, une paralysie, une déformation de larticulation des chevilles ou une limitation des mouvements.4
Les affections veineuses chroniques peuvent être dorigine congénitale ou acquise. Une thrombophlébite récurrente peut signaler au clinicien la présence dune insuffisance en protéines C, S ou facteur 5 de Leiden. La dysfonction valvulaire peut être causée par une faiblesse congénitale ou acquise suite à des épisodes antérieurs de thrombophlébite. Les valves peuvent également avoir été endommagées par une infection ou un traumatisme antérieurs. Lobstruction du débit sanguin causée par une pression locale accrue, par exemple, peut avoir pour cause lobésité ou une grossesse. Les tumeurs malignes ou la radiothérapie peuvent causer certains dommages au système veineux, surtout dans la région pelvienne.
Parmi les causes de lhypertension veineuse, celle que lon invoque le moins souvent concerne les changements de lappareil musculosquelettique, lesquels peuvent mener à la défaillance de la pompe musculaire du mollet. La dynamique de la pompe musculaire du mollet est affectée de façon négative par les changements qui souvent accompagnent les blessures majeures tels que les maladies neurologiques, linsuffisance vasculaire, la myosite et les douleurs osseuses et articulaires. Les muscles du mollet se dégradent et faiblissent rapidement lorsquils ne servent pas.5 Ainsi, même une démarche altérée par un ulcère douloureux peut exacerber lhypertension veineuse et causer une atrophie du muscle du mollet due à son utilisation réduite. Back et al.6 ont déclaré que le mouvement normal de la marche est nécessaire à lactivation complète de la pompe musculaire du mollet et quune dorsiflexion de la cheville qui dépasse langle de 90 degrés est requise pour assurer le mouvement normal de la marche.
Linvestigation du système veineux devrait débuter par un examen clinique. Plusieurs investigations sont non invasives et permettent dévaluer la fonction veineuse.
La façon la plus simple de déterminer le reflux veineux consiste à coucher le patient à plat et à lever ses jambes à 45 degrés pour drainer la grande veine saphène (pendant environ 30 secondes). Un tourniquet de caoutchouc est ensuite appliqué au-dessus du genou, puis on demande au patient de se lever. On relâche alors le tourniquet et, si la grande veine saphène se remplit en moins de 20 secondes, il y a insuffisance veineuse (superficielle ou profonde). Un examen Doppler manuel permettra de situer les zones veineuses anormales.7 Le patient doit se tenir debout en transférant son poids sur lautre jambe et aura le genou légèrement fléchi. La sonde est placée au-dessus de la jonction saphéno-fémorale ou saphéno-poplitée; le muscle du mollet est ensuite serré et relâché manuellement. Une régurgitation prolongée indique un reflux. Une procédure semblable peut également servir à révéler, de manière approximative, une insuffisance de la ou des veine(s) perforante(s).7
On utilise les tests Doppler Duplex couleur en laboratoire vasculaire en combinant des systèmes à ultrasons pulsés avec le mode D en temps réel pour examiner lécoulement dans des zones précises.8 Cette technique permet de mettre en évidence la défaillance dune veine thrombosée qui ne sécrasera pas sous une pression directe; elle permet également de visualiser le thrombus dans la paroi du vaisseau et de détecter labsence de pulsation veineuse, ou une anomalie de celle-ci, grâce au système de balayage Doppler. Il sagit là de la technique la plus précise pour identifier les thrombi de la veine fémorale commune jusquà la veine poplitée, mais ses résultats savèrent moins fiables dans le mollet. Des systèmes Duplex peuvent être ajoutés à la cartographie de fréquences en couleurs, permettant ainsi de visualiser instantanément la circulation sanguine et sa direction, et dévaluer le reflux avec exactitude.8
Lun des tests les plus couramment utilisés pour évaluer lefficacité de la pompe du mollet est la pléthysmographie à air. La pléthysmographie à air permet de différencier les maladies veineuses superficielles et profondes et dévaluer le niveau de linsuffisance valvulaire ainsi que lefficacité de la pompe musculaire du mollet. Cette technique permet également dévaluer de manière non invasive la pression veineuse ambulatoire.9
Faire subir un test de lindice de pression tibio-brachiale (IPTB) qui est une épreuve clé pour tous les patients souffrant dulcères veineux en vue daider à éliminer une artériopathie importante
Un examen physique des pieds et des jambes permettra de déceler les signes cliniques dune atteinte vasculaire. Lartériopathie est souvent caractérisée par une dilatation vasculaire (rougeur) qui pâlit lorsquon élève le membre. On peut noter une perte de poils et des ongles ternes qui épaississent. Typiquement, à la palpation, le pied est froid avec perte de pouls. Il est possible de tester la microcirculation en pressant du doigt la face dorsale du pied orthostatique de manière à laisser une empreinte blanche. Normalement, lérythème devrait réapparaître en cinq secondes; si lon note un délai, cest quil y a diminution de la perfusion locale (temps de la microcirculation). Une gangrène distale des orteils avec pouls palpable ou circulation adéquate peut indiquer la présence de microembolies causées par des plaques athéromateuses proximales. On détermine lindice de pression tibio-brachiale (IPTB) à laide dun Doppler portatif et dun brassard de tensiomètre (voir illustration 3); cet indice est dune grande importance dans lévaluation vasculaire de la jambe inférieure. Lindice de pression tibio-brachiale constitue un élément important dans lévaluation de la jambe inférieure et sa mesure ne devrait être effectuée que par un praticien dexpérience (voir tableau 3).10
En laboratoire de chirurgie vasculaire, un potentiel de guérison raisonnable exige une pression dans lorteil de 30 mm Hg (chez les personnes souffrant de diabète > 45 mm Hg) ou une saturation transcutanée en oxygène de > 30% (voir tableau 4).11 Un pouls pédieux palpable indique une pression denviron 80 mm Hg et devrait suffire pour assurer la guérison chez la plupart des patients. Il est important de surveiller lapparition dondes dans la circulation artérielle séquentielle. Une onde Doppler triphasique normale se voilera et deviendra biphasique/monophasique, et les pressions chuteront disproportionnellement dans la région distale des lésions potentiellement dérivables ou dilatables avec une angioplastie.
Toute blessure aiguë ou chronique affectée par une ischémie résultant dune insuffisance artérielle grave ne guérira pas, quelles que soient les mesures locales appliquées. Si laffection artérielle est considérée comme inguérissable, ou si létat de santé global du patient interdit la chirurgie, les soins deviennent alors palliatifs.
Utiliser des bandages de forte compression pour le traitement de l dème veineux si lIPTB est égal ou plus grand que 0,8
Tous les systèmes de compression doivent créer un gradient de pression allant de la cheville au genou. La loi de Laplace (voir illustration 4) relie mathématiquement la tension du bandage et le nombre de couches à linverse du rayon de la jambe et de la largeur du bandage.
Par conséquent, si la tension du bandage est constante alors quon lapplique en le déroulant en montant le long de la jambe, un gradient de compression apparaîtra naturellement du fait que le plus petit rayon du membre se situe dans la région immédiate de larticulation de la cheville. Plus haut, le rayon sagrandit et le degré de compression diminue progressivement alors que la tension du bandage demeure constante. Ce gradient de pression offre la plus grande protection contre lhypertension veineuse au niveau des chevilles lorsque le patient est debout. Un système de compression doit pouvoir exercer une pression dau moins 30 mm Hg au niveau des chevilles pour prévenir efficacement lexsudation de fluides.12-15 Létude méthodique de Fletcher, Cullum et Sheldon16 sur les traitements de compression dulcères veineux conclut que :
1. Le traitement par compression améliore la guérison, en comparaison avec une absence de compression.
2. Une forte compression est plus efficace quune faible compression, laquelle ne devrait être appliquée quen labsence dune artériopathie significative.
3. On na démontré aucune différence deffets entre les différents systèmes de compression (bandages à couches multiples, bandages à court étirement, botte dUnna). Toutefois, depuis la publication de cet article, le site mis à jour de la Cochrane Library (www.update-software.com/cochrane/cochrane-frame.html) indique quil pourrait y avoir avantage à utiliser des systèmes élastiques.
4. En plus de lapplication dun bandage, la compression pneumatique intermittente semble être une mesure dappoint utile.
5. Plutôt que de recommander lutilisation dun système en particulier, il est préférable de promouvoir lutilisation correcte et fréquente de tout traitement de forte compression.
Les systèmes de compression peuvent être répartis en trois groupes : bandages à court étirement (BCE), bandages à long étirement (BLE) et les bas. Si le membre touché par lulcère est oedémateux de façon aiguë, la plupart des experts croient que lutilisation dun système BCE est préférable.14,15 Le BCE noffre que peu ou pas délasticité. Le muscle du mollet, lorsquil est en contraction, exerce une pression importante contre la résistance fixe du BCE. Cette pression pousse le sang circulant dans les veines profondes vers le haut. De la même manière, lorsque le muscle du mollet est relâché, le bandage cesse dexercer une pression. Cette faible ´ pression au repos ª facilite le remplissage des veines profondes.14,15 Les systèmes de bandages à court étirement conviennent uniquement aux patients en traitement ambulatoire. En effet, le bandage non élastique savère moins efficace si le muscle du mollet nest pas en mesure de se contracter; cependant ldème pourra remplir un volume donné et la pression ainsi exercée empêchera toute exsudation ultérieure de fluides. On doit enseigner aux patients qui ont tendance à se déplacer en traînant les pieds à marcher correctement, en sassurant quils utilisent leurs orteils pour pousser contre le sol. Dautre part, les patients dont les articulations sont raidies par larthrite ou danciennes blessures peuvent ne pas constituer de bons candidats pour lutilisation des systèmes BCE.
Les systèmes élastiques ou BLE sont plus couramment utilisés que les systèmes BCE en Amérique du Nord et au Royaume Uni. Le ´ bandage de contention à quatre couches ª est populaire en raison de sa capacité à maintenir un degré de compression élevé pendant plusieurs jours et même jusquà une semaine. Le bandage na ainsi pas besoin dêtre changé aussi souvent, ce qui constitue un net avantage lorsque les soins sont prodigués à domicile. En raison de leur élasticité, le bandage de contention à quatre couches et les autres BLE continuent dexercer une compression même lorsque la jambe est élevée, ce qui peut poser problème en cas dinsuffisance artérielle significative. Par conséquent, lutilisation du bandage de contention à quatre couches nest pas recommandée chez les patients dont lindice de pression tibio-brachiale est inférieur à 0,8. Enfin, tous les systèmes de compression doivent être appliqués par du personnel qualifié.
Dautres systèmes BLE permettent dappliquer une compression moins forte. Ces systèmes peuvent être utilisés, avec précaution, en cas dinsuffisance artérielle modérée (IPTB > 0,5). Tout comme les autres bandages, on peut les laisser en place pendant une semaine. Dans les cas dartériopathie grave (IPTB < 0,5), les systèmes à compression plus faible sont contre-indiqués.
Faire porter des bas à compression graduée pour prévenir une récidive ddème veineux et dulcère veineux de la jambe. Il est important de porter des bas pour diminuer la fréquence des récurrences dulcères.
Le port dun bas de contention permet de réduire la fréquence de récurrence des ulcères. Une fois lulcère veineux guéri, lattention doit se porter sur la prévention. Les bas à compression graduée (BCG) ont prouvé leur capacité à gérer lhypertension veineuse.1719 Il a ainsi été démontré que lutilisation des BCG réduisait la fréquence des ulcères récurrents.20,21
De nombreux experts du domaine préconisent des degrés de compression allant de 20 mm Hg à 40 mm Hg pour traiter linsuffisance veineuse. Dautre part, certaines preuves suggèrent que le bas, pour être efficace, devra dépasser le niveau du genou chez la plupart des patients.
Lassiduité dont font preuve les patients dans leur utilisation des BCG revêt une grande importance. On doit expliquer aux patients que les bas doivent être appliqués dès le lever et retirés le soir. Il existe plusieurs dispositifs mécaniques qui facilitent lapplication des bas, et ce, même en présence dun petit ulcère. Ces dispositifs peuvent aider les patients qui souffrent darthrite aux mains ou dune flexibilité limitée des articulations principales. La plupart des bas ont une vie utile denviron 4 à 6 mois. Passé ce délai, une compression adéquate ne peut être garantie. On peut justifier auprès du patient le coût des bas par le fait que ces derniers compensent amplement le coût élevé et la perte de qualité de vie associés à la gestion des rechutes.
Certains experts membres du Conseil de lACSP utilisent une manchette de nylon ou de coton pour augmenter la compression dun bas de contention plus léger (une pression de 15 mm Hg à 20 mm Hg est ainsi efficacement accrue jusquà 25 mm Hg et 30 mm Hg). Par ailleurs, on peut superposer deux mi-bas de contention pour atteindre un degré de compression plus élevé, ou lun des bas peut monter jusquà mi-cuisse pour réduire ldème au-dessus du genou. Des bas à fermeture à glissière peuvent également savérer utiles chez certains patients alors que dautres, qui ne supportent pas les bas, devront suivre un programme délévation de la jambe avec compression pneumatique intermittente. Les patients doivent comprendre que la prévention des ulcères veineux signifie la ´ compression à vie. ª
Recourir à un traitement pneumatique intermittent de compression et/ou à lélévation de la jambe comme bénéfice supplémentaire pour traiter ldème veineux et lulcère veineux de la jambe
Il arrive assez régulièrement que les patients nécessitent des degrés de compression qui dépassent leur seuil de tolérance. Un système de bandage causant un haut degré dinconfort chez le patient risquera de compromettre le suivi du traitement. Un dispositif de compression pneumatique peut savérer utile en tant quauxiliaire au bandage de compression, quil soit utilisé seul ou comme alternative au bandage de compression ou bas de contention, chez les patients devenus relativement immobiles et, par conséquent, incapables dactionner la pompe musculaire du mollet. Lélévation de la jambe affectée au-dessus du niveau du cur contribuera également à réduire ldème.
Un dispositif de compression pneumatique consiste en un manchon gonflable que lon place autour du membre et que lon gonfle à une pression prédéterminée (30 mm Hg à 60 mm Hg). Un type de compression pneumatique, soit la compression pneumatique intermittente, implique lutilisation dune chambre que lon gonfle par intermittence; lautre type, la compression pneumatique séquentielle, implique lutilisation dune série de chambres que lon gonfle en séquences, selon un axe distal-proximal. On peut ainsi réduire rapidement le volume de la jambe avant dappliquer des bandages de compression ou des bas de compression gradués. Il sagit là dune alternative utile aux bandages de compression pour les patients qui ne jouissent pas dune grande mobilité et qui éprouvent de la difficulté à marcher pour activer la pompe musculaire du mollet. Cette alternative permet également de gérer les lymphoedèmes.
Une étude randomisée et contrôlée a comparé le taux de guérison de 24 patients utilisant des pansements occlusifs humides et des bas de compression gradués (30 mm Hg à 40 mm Hg) avec celui de 21 patients suivant le même traitement mais ayant en plus recours à une compression pneumatique séquentielle pendant un total de 4 heures par jour. Le traitement a duré 3 mois. Un seul patient du groupe témoin a complètement guéri, contre 10 des 21 patients du groupe utilisant la compression pneumatique séquentielle (P = 0,009, test de probabilité exacte de Fischer).22 La compression pneumatique peut constituer un traitement auxiliaire utile et complémentaire à lutilisation thérapeutique de bandages à compression ou de bas pour traiter les oedèmes récalcitrants.23 Les essais cliniques randomisés et contrôlés confirment lefficacité des thérapies de compression pneumatique séquentielle et de compression pneumatique intermittente comme traitements auxiliaires pour la gestion des ulcères veineux de la jambe. Les unités de compression pneumatiques sont dispendieuses, mais il est possible de se les procurer en location. La thérapie de compression pneumatique intermittente est contre-indiquée en cas dinsuffisance artérielle significative, ddème causé par une insuffisance cardiaque congestive, de phlébite active, de thrombose veineuse profonde ou sil y a présence dune infection locale dune plaie ou de cellulite.
Consulter le service de réadaptation pour maximiser lactivité et la mobilité. Envisager des traitements appropriés
Activité et mobilité. Une démarche altérée ou inefficace, menant à une marche déficiente, survient plus fréquemment chez les personnes âgées. Alexander a montré que 8 à 19% des adultes non institutionnalisés et 63% des adultes institutionnalisés dun certain âge éprouvaient de la difficulté à marcher ou avaient besoin dassistance pour se déplacer.24
Larticulation de la cheville constitue la charnière de la pompe musculaire du mollet; conséquemment, la dorsiflexion de la cheville et la flexion plantaire sont essentielles au bon fonctionnement de la pompe musculaire. On a démontré quune limitation du mouvement de la cheville tendait à exacerber la congestion veineuse et favoriser la formation ddèmes chez les patients qui souffrent dinsuffisance veineuse chronique. Les individus qui ne jouissent pas dune pleine mobilité de la cheville tendent à imprimer à la hanche un mouvement de rotation vers lextérieur et à traîner les pieds, lesquels quittent alors à peine le sol pendant la marche. De plus, la capacité à améliorer le retour veineux des bandages de compression tels que le système BCE se voit compromise lorsque la flexion de la cheville est restreinte. Linsuffisance veineuse chronique elle-même peut contribuer à immobiliser la cheville par laccumulation de tissus fibreux.
Si la mobilité de larticulation de la cheville est normale, et quon utilise un système BCE, le patient devrait être incité à contracter le muscle du mollet en position debout de façon à élever les deux talons au-dessus du sol. La réadaptation devra comprendre une rééducation à la marche qui visera à encourager une démarche correcte employant le talon et les orteils, et à décourager la démarche traînante que lon note souvent chez les patients plus âgés. Si la mobilité des articulations est réduite en raison dune contracture des tissus mous, un physiothérapeute pourra appliquer certaines techniques de mobilisation manuelles et thermiques afin délargir la gamme des mouvements de dorsiflexion de la cheville et de flexion plantaire (voir tableau 5).
La marche induit des mouvements passifs et actifs des articulations de la cheville, alors que le poids du corps crée la force qui anime la pompe articulaire de la cheville. En bougeant, larticulation de la cheville génère la force de pompage qui résulte de la relation anatomique entre la jambe et la cheville.25 La force créée par le mouvement de larticulation de la cheville et la compétence des veines se combinent; la pompe du mollet permet ainsi au sang veineux de remonter vers le cur.
Fiatarone et al.26 ont montré que lexercice permettait aux hommes et aux femmes de frêle constitution daugmenter leur puissance musculaire, et ce, jusquà lâge de 96 ans. Laugmentation de la force dans les membres inférieurs était de lordre de 61 à 374% par rapport au niveau de référence. Toutefois, ces gains ne se conservent pas sans un entraînement suivi. Certains produits (en loccurrence, Thera-Band, Hygenic Corporation, Akron, Ohio) facilitent la dorsiflexion et la flexion plantaire chez les patients à mobilité réduite.
Dans son éditorial pour le Journal of the American Geriatric Society, Ettinger27 déclare qu´ une marche par jour éloigne le médecin pour toujours. ª Il explique ainsi quil en va de la responsabilité de chaque médecin et de chaque professionnel de la santé dencourager les patients plus âgés à être actifs physiquement afin de les aider à réduire lincidence des effets néfastes de linactivité sur leur santé.
Traitements auxiliaires. Les modalités adjuvantes, telles que les ultrasons, les champs électromagnétiques pulsés et la stimulation électrique, peuvent savérer bénéfiques pour le traitement dulcères veineux chroniques qui ne se sont pas refermés malgré de bons soins conventionnels des plaies et des traitements de compression. Laction guérissante des ultrasons thérapeutiques sur les ulcères chroniques de la jambe a fait lobjet dau moins sept études cliniques bien conçues que lon retrouve dans la littérature de recherche.28 Trois de ces rapports présentent des études cliniques prospectives contrôlées portant sur lefficacité de lapplication dultrasons sur les ulcères veineux chroniques.29-31 Bien que ces études cliniques soient parvenues à des résultats tant positifs que négatifs, une méta-analyse récente compilant les résultats de six études cliniques bien conçues a mis en lumière les effets bénéfiques significatifs des ultrasons sur les ulcères chroniques de la jambe.32 À ces preuves cliniques sajoutent les résultats de plusieurs recherches approfondies, obtenus lors dexpériences animales et cellulaires, prouvant que les ultrasons stimulent la libération de médiateurs de cellules inflammatoires qui, à leur tour, activent plusieurs processus cellulaires réparateurs importants tels que la fibroplasie et langiogénèse. Consultez une étude récente pour obtenir un résumé des mécanismes cellulaires et moléculaires des ultrasons.33
Au moins deux rapports cliniques ont démontré lobtention de taux accrus de cicatrisation dulcères veineux grâce au traitement utilisant des champs magnétiques pulsés, ceci par rapport aux modes de traitement conventionnels des plaies ou à laide de placebos.34,35 Des améliorations significatives ont été observées au niveau du flux sanguin local, de la température de la peau et de loxygénation des tissus sous-cutanés, et même dans ldème des tissus chez les sujets humains. 36,37
De nombreux rapports cliniques font état du fait que la stimulation du lit de la plaie à laide dun faible courant électrique accélère la fermeture de différents types de plaies chroniques.28 Bien que les avantages de cette modalité dans le traitement dulcères de pression chroniques aient déjà été clairement démontrés, peu de rapports ont examiné de manière spécifique ses effets sur les ulcères chroniques de la jambe. Un essai clinique prospectif contrôlé à laide de placebos, récemment mené par Houghton et al., a montré les bienfaits de la stimulation électrique dans le traitement des ulcères veineux chroniques.38
Évaluer sil y a une infection et traiter au besoin
Les bactéries sont des compétitrices potentiellement redoutables en ce qui concerne lutilisation des ressources requises par loutillage naturel de guérison des plaies. Si une population suffisamment grande de bactéries pathogènes se multiplie dans les tissus vivants dun ulcère, la cicatrisation sen trouvera gravement affectée.39 Toutefois, lanalyse quantitative des bactéries ne suffira pas nécessairement à révéler létendue du problème, car leur virulence dépendra des types de bactéries présentes dans la plaie. Si la résistance de lhôte est déficiente, les bactéries se multiplieront et nuiront sensiblement au processus de cicatrisation. La résistance de lhôte implique certains facteurs systémiques et locaux. Parmi ces facteurs systémiques, notons la réponse immunitaire et la vascularisation de la plaie. Plusieurs conditions systémiques, telles que le diabète et la malnutrition, peuvent également contribuer à réduire la réponse immunitaire. Les débris nécrotiques et les corps étrangers sont dautres facteurs locaux pouvant favoriser la prolifération bactérienne. La combinaison de ces facteurs déterminera les risques que linfluence bactérienne nuise à la cicatrisation de manière significative. Si linfluence bactérienne est jugée suffisante pour rendre impossible une cicatrisation adéquate, une intervention antimicrobienne deviendra alors nécessaire.
Il savère parfois essentiel de recourir aux antibiotiques dans certaines situations cliniques. Le patient qui souffre dérythème périulcéreux, denflure, de cellulite, de purulence, de sensibilité au toucher et de douleur, et parfois de fièvre et de malaises, tirera profit dun traitement par antibiotiques systémiques. Si linfection se transforme en septicémie, une thérapie intraveineuse deviendra nécessaire. Dans ces situations, il est justifié de procéder à la culture dun prélèvement sur écouvillon après avoir nettoyé et débridé le lit de la plaie.39 Lobtention de plus dinformations permettra surtout déclairer le processus de prise de décisions. Le patient sera sans doute placé sous traitement aux antibiotiques avant que les résultats des analyses ne soient connus. Il sera ensuite toujours possible dajuster le traitement si les résultats de sensibilité ne sont pas favorables et si la plaie ne répond pas au traitement. Les résultats de la culture devront être interprétés avec circonspection, surtout si de multiples organismes sont identifiés. En effet, il peut être très difficile didentifier correctement la bactérie pathogène.39
Linfection ne constitue quune des causes possibles de linflammation périulcéreuse. La cellulite et certaines infections inhabituelles doivent être différenciées des autres causes possibles. Lulcère de la jambe peut en effet être le résultat dune vasculite, du pyoderma gangrenosum et de malignités (carcinome basocellulaire, carcinome squameux et autres). La dermatite veineuse survient beaucoup plus souvent que linfection de la plaie. On doit également envisager la possibilité dune dermatite de contact allergique. Ce type deczéma se manifeste par la présence dérythème, de desquamations, dérosions et dexcoriations. On nobserve aucune des caractéristiques denflure profonde de la cellulite. Parmi les autres causes non infectieuses deczéma périulcéreux, on note également la dermatite de contact irritante qui apparaît sous les bandages lorsque la plaie produit une humidité excessive. Les fluides de la plaie contiennent de nombreuses enzymes protéolytiques qui peuvent savérer très irritantes pour la peau environnante.
Lutilisation dantibiotiques topiques est courante en pratique clinique, mais cette utilisation doit faire lobjet détudes cliniques bien contrôlées.39 Le choix dantibactériens systémiques se fait le plus souvent de façon empirique et avant que lespèce bactérienne nait été identifiée. Les ulcères chroniques dune durée de moins dun mois sont habituellement colonisés par des organismes Gram positifs (Staphylococcus aureus et streptocoques du groupe A). La céfalexine constitue un choix idéal dantibiotique, bien que la cloxacilline soit souvent utilisée même si elle ne couvre pas adéquatement les différentes espèces de streptocoques. Des organismes Gram négatifs et anaérobies peuvent coexister dans les ulcères de plus longue durée, et lon devrait dans ce cas envisager dappliquer une couverture antibactérienne plus étendue.
Souvent, il nest pas difficile de distinguer la plaie qui se cicatrisera rapidement de celle qui est cliniquement infectée. Entre les deux extrêmes se situe une zone grise dans laquelle la plaie cesse de guérir en raison dune population bactérienne élevée même si les signes évidents dinfection ne sont pas encore apparents (colonisation ayant atteint un niveau critique, fardeau bactérien plus important). Dans ces cas, malgré une gestion optimale de linsuffisance veineuse, lutilisation des pansements appropriés et le recours au débridement de la plaie, celle-ci ne montrera aucun signe damélioration pendant plusieurs semaines. Certains signes de détérioration peuvent apparaître alors que les tissus de granulation qui semblent sains se transforment en un tissu rouge sombre, fiable (qui saigne facilement), souvent hypertrophié ou remplacé par un sphacèle ou une escarre. La réponse inflammatoire associée à une plus grande présence bactérienne dans la plaie peut mener à une production accrue dexsudat clair avant que lon nassiste à lapparition dune franche purulence et dodeurs. Il peut alors être indiqué de mener un essai empirique dantibactériens topiques ou oraux. De plus en plus, avec lapparition de bactéries résistantes, on utilise certains agents antimicrobiens topiques à plusieurs cibles daction dans la cellule bactérienne. Le cadexomère iodé et les pansements à base dargent nanocristallin sont deux agents topiques ayant récemment suscité un intérêt.40,41 Ces agents peuvent favoriser le débridement autolytique, réduire le nombre de bactéries de surface et aider à équilibrer les niveaux dhumidité sans toxicité excessive envers les cellules du lit de la plaie.
Optimiser le milieu de cicatrisation de la plaie : débridement, équilibre bactérien et équilibre hydrique. Utiliser des agents biologiques lorsque la cause a été corrigée et que la cicatrisation ne se fait pas de la façon escomptée.
La plupart des praticiens les plus avancés dans le domaine du soin des plaies considèrent la cicatrisation en milieu humide comme la meilleure pratique à adopter. Elle est toutefois contre-indiquée pour les plaies qui ne guérissent pas et dont le réseau vasculaire est inadéquat. Les trois composants principaux du soin local des plaies sont le débridement, le contrôle de lhumidité et léquilibre bactérien.42 Les techniques chirurgicales et autolytiques (hydrocolloïdes ou hydrogels) se prêtent mieux au débridement des sphacèles (tissu mou et dévitalisé) et des escarres dures nécrotiques. Le contrôle de lhumidité se fera surtout à travers lutilisation de pansements interactifs humides. Différents types de pansements ont été passés en revue lors dexcellentes études récentes; un résumé de ces études peut être consulté au tableau 6.42,43
Lors du traitement dune jambe démateuse, on devra prendre soin dindiquer au patient que lulcère perdra beaucoup de liquide. Au cours de cette première phase du traitement de lulcère, le pansement absorbant devra être changé fréquemment afin déviter lapparition dune dermite irritante de contact sur la peau avoisinante. Parmi les types de pansements indiqués pour cette situation figurent les pansements de mousse absorbants en hydrofibres et les pansements dalginate de calcium. Pendant que ldème diminue, on peut le laisser recouvert de pansements absorbants pendant encore une semaine, tout en appliquant conjointement une thérapie de compression appropriée.
Lorsque le tissu de granulation a rempli le creux, il devient important de favoriser la ré-épithélialisation. À ce moment, on doit réduire au minimum la fréquence des changements de pansement. Les kératinocytes se mettent à migrer à travers la plaie et ne se fixeront pas au lit de la plaie avant que ce dernier ne soit recouvert. Des changements de pansement trop fréquents tendent à arracher le néo-épithélium avant quil ait la chance de sétablir. À ce stade de la cicatrisation, il peut être judicieux dutiliser des pansements de type pellicule de plastique (adhérent, non adhérent, ajouré).
Le développement déquivalents biologiques de la peau constitue lune des avancées récentes les plus prometteuses en matière de gestion des ulcères veineux de la jambe. En 1997, un équivalent cultivé, allogénique et bicouche, ApligrafTM (Organogenesis, Canton, Mass.; Groupe pharmaceutique Novartis Canada Inc., Dorval, Québec, Canada), a été mis sur le marché pour la première fois au Canada. Cette peau synthétique a rendu possible le traitement de certains ulcères qui ne guérissent pas ou qui sont difficiles à traiter. En 1999, une somme dexpérience considérable avait été accumulée, ce qui a donné lieu à un rapport de consensus.44 Ce rapport clé, qui confirmait lefficacité dApligrafTM, était le fruit dune étude randomisée, multicentrique et prospective impliquant 275 patients souffrant dulcères veineux de la jambe.45 Falanga et al. ont conclu que lutilisation de peau humaine synthétique associée à une thérapie de compression donnait plus de résultats que le seul recours à une thérapie de compression (63% des patients guéris après 6 mois contre 49% dans le groupe de contrôle). Le Dermagraft (Advanced Tissue Science, La Jolla, Calif., et Smith and Nephew, Largo, Fla.), composé de fibroblastes vivants sur une trame fibreuse de soutien en vicryl, a lui aussi donné de bons résultats dans le traitement des ulcères veineux de la jambe qui demeuraient réfractaires à une thérapie exclusive de compression optimale à quatre couches.46
Administrer un traitement médical si indiqué pour lIVC (thrombose superficielle ou profonde, fibrose ligneuse)
Parmi les symptômes de la thrombose veineuse profonde, on retrouve habituellement une jambe enflée avec douleur aiguë. Les individus qui en sont atteints éprouvent une douleur insupportable à la palpation profonde ou durant la marche. Le signe de Homans (douleur exquise lors de la flexion de la cheville avec la jambe tendue) est souvent trompeur comme test diagnostique. Dans le passé, les cliniciens devaient se fier à des phlébogrammes envahissants; toutefois, certains tests Doppler Duplex effectués par des praticiens de talent permettent dobtenir des diagnostics tout aussi précis. Si la thrombose veineuse profonde survient chez une personne jeune, ou si elle est récidivante, les recherches devraient porter sur des insuffisances en facteur 5 (de Leiden) et en protéines C ou S. Ces individus peuvent également présenter des antécédents familiaux de thrombose veineuse profonde récidivante. Un traitement anticoagulant sera appliqué à laide dhéparine (ou dhéparine à faible poids moléculaire) et suivi danticoagulants oraux. Des preuves récentes indiquent que le traitement anticoagulant devra être poursuivi lors dépisodes initiaux qui durent plus de six mois et indéfiniment par la suite pour contrer les rechutes. Parmi les autres facteurs de risque reliés à la thrombose veineuse profonde, on trouve le tabagisme et la prise de pilules contraceptives.
La phlébite superficielle est souvent localisée, révélant possiblement une ligne rouge discrète associée à une douleur lors de la palpation de la veine en question. La phlébite superficielle est souvent aggravée par un dème environnant. Une thérapie de compression peut savérer insupportable pour le patient en raison de la douleur locale intense. Le traitement comprendra lutilisation danti-inflammatoires non stéroïdiens ou ASA. Ce traitement devra être ajusté au fur et à mesure que létat du patient saméliore, car ces agents peuvent affecter la cicatrisation de la plaie. Lorsquon a recours à une thérapie de compression sur des jambes douloureuses, la compression réduite (pression basse au repos) est souvent mieux tolérée.
Il est possible de détecter chez les patients une maladie veineuse ancienne en remarquant lapparition de fibrose ligneuse autour de la région de la cheville. Dun point de vue clinique, la perte de souplesse des tissus est évidente et, au toucher, la surface apparaît dure et immobile. Létat de ces dépôts de fibrine peut être amélioré par ladministration à long terme de pentoxifylline. Plusieurs études ont ainsi mis en évidence certaines améliorations apportées par ce traitement lorsquil est suivi pendant 3 à 6 mois,47 par rapport aux résultats obtenus par lutilisation exclusive dune thérapie de compression. Toutefois, ces études ont été critiquées pour leur manque duniformité des niveaux de compression et pour leur utilisation de thérapies de compression ne répondant pas aux meilleurs standards actuels en matière de thérapie à compression élevée. Falanga et al. 47 ont documenté le fait que 800 mg t.i.d. de pentoxifylline, au lieu des doses habituelles de 400 mg t.i.d., en combinaison avec une botte de Duke, amélioraient la cicatrisation de manière statistiquement significative par rapport à une compression similaire associée à la prise de placebos oraux ou de médicaments faiblement dosés. Toutefois, de telles doses sont susceptibles de causer des troubles gastro-intestinaux significatifs. La pentoxifylline est un dérivé de xanthine et provoque des effets secondaires semblables à ceux de la caféine. Elle nest normalement pas administrée avec une thérapie anticoagulante et doit également être utilisée avec précaution chez les patients très âgés, puisquelle peut potentialiser laction dagents antihypertenseurs.
Envisager un traitement chirurgical sil existe une maladie veineuse superficielle ou des veines perforantes en labsence dune maladie profonde étendue
Chez certains patients atteints dulcères veineux, une fois les facteurs systémiques gérés, le lit de la plaie optimisé et une thérapie de compression mise en place, la plaie refuse toujours obstinément de se cicatriser. Dans cette situation, on devrait considérer le système veineux de façon systématique et envisager le recours à une procédure chirurgicale. Il est peu vraisemblable que lon puisse corriger chirurgicalement une incompétence veineuse dans le système profond. On peut néanmoins gérer une incompétence des veines perforantes et une affection du système veineux superficiel à laide de nouvelles techniques chirurgicales associées uniquement à un faible taux de morbidité. Une incompétence significative des veines perforantes peut causer une hypertension veineuse locale grave et ldème local qui en résulte pourrait ne pas être adéquatement contrôlé par lutilisation dun système de bandages de compression.
Certains chirurgiens vasculaires spécialement formés pourraient procéder à la ligature des veines perforantes incompétentes, ceci à laide dinstruments à fibre optique permettant deffectuer cette intervention chirurgicale endoscopique sous-fasciale.46 Dans le passé, lintervention de Linton,46 la procédure chirurgicale veineuse de référence, impliquait louverture complète de la jambe de façon à exposer les veines perforantes incompétentes. Cette chirurgie majeure se caractérisait par son haut taux de morbidité et sa longue période de convalescence.
Historiquement, on soupçonnait locclusion veineuse dêtre le principal facteur étiologique de lIVC. Plus récemment, seule une petite minorité de patients a montré des signes docclusions veineuses isolées ou de caillots. Chez 90 à 95% des patients souffrant dulcères veineux, linsuffisance veineuse est causée par une incompétence valvulaire, et non par locclusion de veines profondes.48 Récemment, le balayage duplex à ultrasons a amélioré la mesure du reflux dans les veines profondes, superficielles et perforantes.49 La gestion chirurgicale daffections superficielles pourra savérer utile pour soigner et prévenir les ulcères. De plus amples recherches devront être effectuées pour déterminer à quel point une chirurgie touchant le système superficiel pourra aider la circulation veineuse plus profonde. Les séquelles à long terme de ces nouvelles procédures veineuses et la fréquence de récidive dulcères de 5 à 25 ans plus tard demandent toutefois à être étudiées. À lheure actuelle, la chirurgie veineuse devrait être réservée aux patients qui suivent leur traitement mais qui ne répondent pas aux programmes de soins plus conservateurs.
Communiquer avec le patient, sa famille et ses soignants pour établir des attentes réalistes face à la (non) guérison. La présence ou labsence dun système de soutien social est importante pour le traitement et la prévention des ulcères veineux de la jambe
Phillips et al.50 ont calculé que 68% des patients souffrant dulcères veineux ont dit éprouver des sentiments désagréables tels que la peur, la dépression, lisolement social, la colère, langoisse et une image de soi négative. Les aptitudes physiques requises par la marche, laccomplissement de tâches quotidiennes et la jouissance dune certaine mobilité étaient de toute première importance à leurs yeux. Chase et al.51 ont étudié quatre thèmes qui émergèrent de leur étude dune durée dun an portant sur lexpérience des patients aux prises avec un ulcère veineux de la jambe. Le premier thème portait sur le ´ processus de guérison perpétuel ª et se penchait, avec de nombreux témoignages de patients à lappui, sur le long processus de cicatrisation, la réapparition des ulcères et la douleur chronique. Le second thème traitait des limitations causées par la perte de mobilité, des désagréments causés par la thérapie, de limage du corps qui change et de la menace de lamputation. Le sentiment dimpuissance face à une guérison incertaine constituait le troisième thème abordé. Malheureusement, le quatrième thème avait pour sujet ´ Qui sen soucie ? ª. Les patients adoptaient cette attitude quand ils ne participaient pas activement ou ne se sentaient pas directement impliqués dans le processus de traitement de lulcère veineux. Ces découvertes recoupaient en bien des points celles du rapport de Krasner, lequel portait sur la douleur chronique et la qualité de vie amoindrie de 14 patients souffrant dulcères veineux.52
Tout comme la conclusion à laquelle arrivaient Price et Harding, ´ les impacts découlant du fait de vivre avec une plaie et le traitement quelle demande peuvent être perçus de différentes manières par différentes personnes, mais seul le patient comprendra entièrement le sens de cette expérience. ª53 Hayes54 déclare que lon doit se pencher sur deux questions : ´ les conséquences de linaction et les conséquences de lintervention. ª Il est important déduquer les gens en ce qui concerne le processus de la maladie et limportance de suivre le traitement pour prévenir et traiter les ulcères veineux de la jambe. Le patient doit comprendre pourquoi la compression fait partie du traitement. Une personne qui souffre dulcères veineux fait face à des changements de mode de vie; ces changements exigeront quon établisse avec elle des objectifs visant à lui confier une part de responsabilité et lui permettre de demeurer indépendante. À laide dune approche interdisciplinaire, et en examinant de près la situation socioéconomique du patient, il sera possible délaborer un programme de soutien qui assurera une issue heureuse au programme de traitement. On doit permettre au patient dexprimer ses inquiétudes et ses frustrations quant à la façon dont sa vie a été perturbée par la présence de lulcère. Une plus grande compréhension entre le patient et léquipe soignante est susceptible de favoriser le respect des protocoles de soins par le patient et dinduire de meilleurs résultats pour le traitement.
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