Shane Inlow, MD; Heather Orsted, Inf, BScInf, Stomothérapeute; et R. Gary Sibbald, BSc, MD, FRCPC (Med), FRCPC (Derm)
Bien que la prévention, lévaluation et le traitement d ulcères aux pieds chez les diabétiques se soient améliorés au cours des dernières années, les soins prodigués dans ce domaine demeurent fragmentés et ne reflètent pas toujours les meilleures pratiques cliniques. En formulant une série de 11 recommandations, le présent article vise à concilier les meilleures pratiques cliniques actuelles ainsi que lexpertise des spécialistes du domaine avec les résultats des recherches les plus récentes. Ces recommandations porteront sur des questions telles quun apport sanguin adéquat, le contrôle de linfection, la décharge de la pression et loptimisation de la qualité de lenvironnement de la plaie. Idéalement, une telle approche nécessiterait une équipe multidisciplinaire et demanderait la participation active de la personne diabétique. De même, lobjectif des auteurs consiste à offrir aux professionnels de la santé un guide pratique et facile à utiliser qui leur permettra de réunir des équipes dotées de lexpertise nécessaire à la mise en application des pratiques cliniques que nous recommandons.
Ostomy/Wound Management, 2000, Vol. 46, No 11, p. 5568
Le diabète est une maladie répandue qui affecte 4,2% de la population mondiale.1 Cette maladie oblige la personne qui en est atteinte à se soumettre à un contrôle rigoureux de la glycémie afin de retarder les complications diabétiques. On parvient à abaisser la glycémie en administrant des agents hypoglycémiants oraux ou par injections sous-cutanées dinsuline ou en combinant les deux. Malheureusement, ces traitements ne permettent pas de stopper entièrement la progression de certaines affections liées au diabète, telles que la neuropathie.2 La perte de sensation protectrice est lune des conséquences quentraîne la neuropathie; cette insensibilité augmente les risques de rupture cutanée aux surfaces dappui des pieds. Environ 15% de lensemble des diabétiques souffriront dun ulcère au pied à un stade ou lautre de la maladie;3 quatre-vingt-cinq pourcent des amputations aux membres inférieurs surviennent à la suite dun tel ulcère.4 La neuropathie est laffection la plus souvent associée à lapparition dulcères aux pieds chez les diabétiques, mais la rupture cutanée peut également être causée par la présence ou la coexistence dune maladie ou dune infection vasculaire périphérique.
Lorsquun ulcère apparaît, les trois principaux composants que lon devra évaluer sont les suivants :
Lapport vasculaire La circulation sanguine devra être suffisante pour favoriser la cicatrisation.
Linfection La présence de bactéries peut empêcher la cicatrisation dun ulcère au pied, même en labsence des signes cliniques caractéristiques qui y sont associés.5
La pression Une pression exercée sur une saillie osseuse mène à lapparition dune callosité et labsence de sensation protectrice peut prédisposer à la rupture cutanée. Il devient alors nécessaire de réduire la pression afin dempêcher tout dommage ultérieur et de favoriser la cicatrisation.
Lapproche des auteurs diffère quelque peu dune approche qui viserait à formuler des recommandations en se fondant sur des preuves tirées dune étude systématique de la littérature. Le présent article offre une synthèse des meilleures pratiques cliniques à utiliser dans le contexte de soins ambulatoires normaux (voir tableau 1). Les auteurs ont inclus des données tirées de la littérature et dautres recommandations, mais la plupart des concepts présentés ici reflètent lopinion dexperts et résument, de façon pratique, les soins quil est habituellement possible de prodiguer dans la plupart des situations cliniques.
Tableau 1
Guide de référence rapide aux 11 recommandations de pratique : prévention et traitement de lulcère du pied diabétique
1. Faire une anamnèse complète pour déterminer létat de santé général, la maîtrise du diabète et de ses complications.
2. Prendre les mesures nécessaires pour que le patient connaisse les risques du diabète reliés à ses pieds.
3. Les diabétiques et les professionnels de la santé devraient reconnaître que la perte de sensation protectrice est le plus grand facteur de risque dulcères plantaires.
4. Classifier les diabétiques dans une catégorie de risque pour permettre la coordination du traitement et du suivi. Reconnaître quil faut déterminer si la circulation sanguine offre des chances de guérison.
5. Procurer une décharge de pression sil y a perte de sensation protectrice.
6. Fournir laccès à léducation et aux soins des pieds en fonction des besoins du patient et par catégorie de risque.
7. Classer les ulcérations plantaires selon une catégorie.
8. Procurer un environnement optimal pour la plaie (débridement, équilibre hydrique, maîtrise de linfection). Si on na pas établi la curabilité, la cicatrisation humide interactive et un débridement énergique ne sont pas recommandés. Si la cicatrisation retarde malgré les meilleures pratiques cliniques, les agents biologiques peuvent être des stimulants utiles de cicatrisation.
9. Évaluer et traiter linfection si indiqué.
10. Identifier et modifier les co-facteurs liés au patient.
11. Former et habiliter une équipe à travailler avec les personnes diabétiques.
Recommandation 1
Faire une anamnèse complète pour déterminer létat de santé général, la maîtrise du diabète et de ses complications
Bien des diabétiques métabolisent anormalement le glucose pendant des années avant quun diagnostic clinique ne mette ceci en évidence.2 Il savère donc important de déterminer létat de santé général du patient en linterrogeant sur sa prise de médicaments, ses allergies et son histoire dhospitalisation. La polyurie, la polydipsie, la fatigue, la perte de poids et la présence de bactéries ou dinfection aux levures constituent souvent des signes avant-coureurs du diabète.
Le diabète de type 1 affecte 5% des patients diabétiques.2 Il se déclare souvent en bas âge et nécessite la prise dinsuline. Le diabète de type 2 se déclare plus tard, à lâge adulte; il est souvent lié à des antécédents familiaux et à une constitution se caractérisant par une obésité tronculaire. On trouvera au tableau 2 une liste des questions importantes que lon doit poser lors de lanamnèse; celle-ci portera sur lensemble du corps, du haut vers le bas.6 En général, si une complication survient, il est probable que les autres se manifesteront aussi. Lexamen des complications liées au diabète pourra également servir à déterminer la durée de la maladie. Normalement, les complications associées au diabète apparaissent après 10 ou 15 années (type 1 ou type 2). Toutefois, elles se manifesteront plus tôt quand la glycémie est mal maîtrisée et si des prédispositions génétiques jouent en faveur des complications.
Les deux types de diabète nécessitent une maîtrise de la glycémie, et la méthode de contrôle idéale pour le faire consiste à combiner lutilisation à domicile dun glucomètre avec la mesure de lhémoglobine A1c(hémoglobine glycosylée).2 Les globules rouges du sang ont une durée de vie moyenne de 90 jours. La quantité de résidus de sucre que lon retrouve dans ces cellules sanguines illustre la moyenne glycémique pendant toute la durée de vie du globule rouge. Il est ainsi recommandé aux diabétiques de faire analyser leur hémoglobine A1c tous les 3 mois. On trouvera des exemples de résultats possibles au tableau 3.2,7
| Points importants : 1. Les recherches ayant démontré que 15% des personnes diabétiques souffriront dun ulcère du pied, il est essentiel dintervenir pour prévenir leur apparition ou leur récurrence. 2. Les 6 premières des 11 recommandations mises de lavant par les auteurs présentent des méthodes visant à prévenir la première apparition dun ulcère. 3. Une fois lulcère apparu, il importe de décharger la pression, traiter la plaie de manière adéquate, éduquer le patient et appliquer des soins multidisciplinaires afin déviter que ne survienne la complication ultime de la plaie, cest-à-dire lamputation. |
Recommandation 2
Prendre les mesures nécessaires pour que le patient connaisse les risques du diabète reliés à ses pieds
Léducation et le suivi du traitement sont deux facteurs importants pour sauvegarder lintégrité du pied chez les diabétiques 810 et réduire lincidence dulcération, voire damputation. Une personne souffrant de neuropathie perçoit peu la douleur, ce qui lempêche de sentir les lésions au niveau de ses pieds (des callosités ou des ulcères, par exemple). Un problème au niveau du pied peut être le résultat du fait que le patient na pas conscience de son état, plutôt quun refus de suivre les conseils du médecin. Une approche qui vise à éduquer les diabétiques, permettra à ces derniers didentifier les facteurs de risque et les encouragera à suivre leur propre chemin vers la guérison.10 Les praticiens ne sont pas étonnés en lisant Ward et al.9 qui déclarent que la chose la plus difficile dans léducation des patients est darriver à motiver une personne diabétique pour quelle assiste à sa première séance déducation sur le diabète. Un dépistage de routine effectué dans le contexte dun bureau ou dune clinique serait un moyen simple didentifier les symptômes éventuels du pied diabétique,10 mettant ainsi lemphase sur limportance pour les diabétiques denlever chaussettes et chaussures lors dune visite chez un professionnel de la santé. Une éducation fondée sur lautoévaluation, même si elle sest montrée efficace, ne doit pas remplacer lexamen de routine du pied par un professionnel de la santé.9 De plus, Armstrong et Harkless11 ont montré que lincidence dulcération était 54 fois supérieure chez les diabétiques qui ne suivaient pas les recommandations de soins.
Il est donc important dinciter les patients à suivre un programme complet déducation sur le diabète et, par la suite, sassurer dun suivi périodique. Tous les patients devront posséder un dossier contenant les résultats des tests de glycémie et dhémoglobine glycosylée (Hgb A1c), ainsi que la liste des médicaments qui leur sont prescrits.
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Tableau 2 Complications du diabète |
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Système physiologique |
Questions importantes à poser aux patients |
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Le système nerveux central |
Avez-vous déjà souffert dun ACV ? |
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Les yeux |
Avez-vous subi une chirurgie au laser ou souffert dun autre problème aux yeux ? |
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Le coeur |
Avez-vous déjà souffert dangine, dirrégularités cardiaques ou dun infarctus ? |
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La tension artérielle |
Votre tension artérielle a-t-elle déjà été élevée ou avez-vous déjà pris des médicaments pour la contrôler ? |
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Les reins |
Avez-vous déjà eu des problèmes rénaux ou souffert dune infection urinaire ? |
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La maladie vasculaire périphérique |
Ressentez-vous des douleurs ou des crampes aux jambes lorsque vous marchez, ou ressentez-vous des douleurs nocturnes aux jambes, lorsque vous êtes au lit ? |
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La neuropathie :Une réponse positive à lune des quatre questions suivantes indique la présence dun symptôme de la neuropathie |
1. Vos pieds deviennent-ils parfois engourdis ? |
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2. Ressentez-vous parfois une sensation de picotement dans vos pieds comme si un courant électrique les traversait ? |
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| 3. Avez-vous parfois limpression que des insectes fourmillent sur vos pieds ? | |
| 4. Ressentez-vous parfois une brûlure aux pieds ? | |
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Tableau 3 Lhémoglobine glycosilée |
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% Hgb A1c Hgb glycosilée |
Moyenne de la glycémie (MMOL/L) |
Moyenne de la glycémie (mg/dL) |
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Non diabétique |
6,1% et moins |
6 et moins |
108 et moins |
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Contrôle optimal |
6,1% à 8,3% |
6 à 8 |
108 à 144 |
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Contrôle inadéquat |
8,4% et plus |
8 à 17 |
144 à 306 |
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Très mauvais contrôle |
12 % et plus |
17 et plus |
>306 |
Recommandation 3
Les diabétiques et les professionnels de la santé devraient reconnaître que la perte de sensation protectrice est le plus grand facteur de risque dulcères plantaires
La neuropathie implique trois composants : le sensoriel, lautonome et le moteur. La neuropathie sensorielle périphérique est un facteur principal qui est impliqué dans 60% à 90% des cas dulcères aux pieds chez les diabétiques.1221 La perte de sensation ne représente pas seulement un facteur de risque majeur menant à lulcération et à lamputation, mais elle est également la plus susceptible de faire lobjet de traitements visant à réduire les risques. On peut ainsi obtenir des résultats très fiables en moins de 5 minutes à laide dun monofilament de Semmes-Weinstein 5,07 (10 lb/g) et de quatre questions simples (voir le tableau 2).6
Pour effectuer le test à laide du monofilament, le ou la patient(e) devra fermer les yeux. Appliquez le monofilament sur la surface plantaire et demandez à la personne de vous indiquer lorsquelle perçoit la légère pression du dispositif. On appliquera ainsi le monofilament jusquà ce quil se plie légèrement à 10 endroits précis sur chacun des pieds. Parmi ces sites, on compte la surface plantaire des premier, troisième et cinquième orteils; les première, troisième et cinquième têtes du métatarsien; le milieu du pied, dans les zones médiale et latérale; le milieu du talon ainsi que le milieu de la face dorsale du pied. La procédure peut également seffectuer en demandant au patient si oui ou non une pression est perçue en chacun des points. Enregistrez chacun des 10 sites testés et le nombre total de sites insensibles (par ex., 4 sur 10 au pied droit, 3 sur 10 au pied gauche). Le Lower Extremity Amputation Program (LEAP) du Bureau of Primary Health Care fournit à cet égard une information complète et distribue gratuitement des monofilaments. Le site du Bureau peut être consulté à ladresse suivante : http://www.bphc.hrsa.dhhs.gov/leap/.
La prochaine étape consistera à évaluer les changements associés au système autonome en examinant une sécheresse possible des pieds. Une apparence blanchâtre et poudreuse qui saccentue dans les marques de la surface cutanée de la plante du pied signale une neuropathie autonome avec sudation réduite. Il est toutefois important de différencier cet état dune possible mycose cutanée concomitante. La mycose se caractérise par une ligne fine, parfois légèrement rougeâtre dessinant un motif de mocassin s'étalant sur le côté du pied. La mycose peut également causer une macération ou une desquamation aux quatrième et cinquième espaces interdigitaux, et lon pourra noter en observant les ongles des orteils une décoloration distale ainsi quune dystrophie qui sétend dans le sens proximal, en plus de stries apparentes sous la table unguéale.
Le patient diabétique devra ensuite être examiné afin de déceler toute difformité ou changement moteur. On devra soupçonner la présence de changements moteurs si les orteils semblent senrouler comme des griffes et sil y a proéminence des têtes métatarsiennes.22 Les coussinets adipeux sont repoussés proximalement vers le haut et lon note une plénitude de la base des orteils. De la poussée inégale due à la neuropathie distale, il résulte des orteils à lallure ´ retroussée ª. La perte de fonction motrice peut également être vérifiée par labsence de réflexe du tendon dAchille et de la cheville. Une version simplifiée de loutil pédagogique ´ Feet for Life ª à lintention des diabétiques est présentée au tableau 4 de ce document.
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Tableau 4 FEET FOR LIFE (des pieds pour la vie) Lorsquil sagit du soin des pieds, choisissez la VIE ! Choix liés au mode de vie
Inspectez vos pieds et vos chaussures
Consultez des professionnels
Prenez soin de vos pieds et ils dureront toute la vie
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Illustration 1
Recommandation 4
Classifier les diabétiques dans une catégorie de risque pour permettre la coordination du traitement et du suivi. Reconnaître quil faut déterminer si la circulation sanguine offre des chances de guérison
La première évaluation de la catégorie de risque du patient ainsi que les réévaluations continuelles de son état permettront de mettre en oeuvre le traitement approprié. Le système de classification mis au point à la University of Texas23 (voir tableau 1) a récemment été validé par Lavery et al.24 Les stades principaux devant être reconnus séchelonnent à partir du pied normal et peuvent aller jusquau pied atteint de neuropathie sensorielle, au pied ayant une déformation osseuse ou des changements vasculaires, et des antécédents dulcères aux pieds.
Lévaluation vasculaire peut débuter lorsque le clinicien aura pris connaissance de lhistoire du patient. Des douleurs ou crampes aux mollets ou aux cuisses indiquent une claudication intermittente (lapport sanguin local aux muscles étant insuffisant). Dans les cas les plus avancés, les patients souffrent de douleurs nocturnes au repos.
Un examen physique des membres inférieurs permettra de déceler les signes cliniques dune atteinte vasculaire. Parmi les signes plus évidents que lon note fréquemment, il y a la dilatation vasculaire (rougeur) qui pâlit lorsquon élève le membre. On peut noter une perte de poils et des ongles ternes qui épaississent. Typiquement, à la palpation, le pied est froid avec perte de pouls. Il est possible de tester la microcirculation en pressant du doigt la face dorsale du pied orthostatique de manière à laisser une empreinte blanche. Normalement, lérythème devrait réapparaître en cinq secondes; si lon note un délai, cest quil y a diminution de la perfusion locale (temps de la microcirculation). Une gangrène distale des orteils avec pouls palpable ou circulation adéquate peut indiquer la présence de microembolies causées par des plaques athéromateuses proximales.
On détermine lindice de pression tibio-brachiale (IPTB) à laide dun Doppler portatif et dun brassard de tensiomètre. Chez les diabétiques, la calcification des vaisseaux moyens et grands peut les rendre incompressibles. En conséquence, le résultat du Doppler pourra être faussé à la hausse et lIPTB savérera donc inutilisable. En laboratoire de chirurgie vasculaire, un potentiel de guérison raisonnable exige une pression dans lorteil de 45 mm Hg ou une saturation transcutanée en oxygène de > 30% (voir tableau 5).25 Un pouls pédieux palpable indique une pression denviron 80 mm Hg et devrait suffire pour assurer la guérison chez la plupart des patients. Il est important de surveiller lapparition dondes dans la circulation artérielle séquentielle. Une onde Doppler triphasique normale se voilera et deviendra biphasique/monophasique, et les pressions chuteront disproportionnellement dans la région distale des lésions potentiellement dérivables ou dilatables avec une angioplastie.25
Il sera également nécessaire dévaluer toute déformation osseuse du pied. Plus tôt, nous avons fait mention de la déformation appelée orteils en griffe avec têtes métatarsiennes proéminentes comme signe caractéristique de la neuropathie diabétique. Un pied de Charcot présente de multiples microfractures des os environnants. Le poids étant soutenu sans quaucune sensation ne soit perçue, les altérations liées au pied de Charcot se caractérisent souvent par une forte élévation de température localisée, une douleur et une enflure sans signe dulcère ouvert pouvant servir de porte dentrée à linfection. Les déformations du pied peuvent ainsi contribuer à lapparition dulcères au niveau des protubérances osseuses soumises à une pression localisée. Les altérations du pied de Charcot peuvent, par ailleurs, saccompagner dune infection et de troubles vasculaires. Armstrong et al.26 ont démontré lutilité dun thermomètre à infrarouges pour contrôler le pied de Charcot en comparant sa température locale plus élevée à celle de lautre pied du patient, qui servira de témoin en présentant une image miroir du pied affecté. Chez les patients souffrant dune forme aiguë du pied de Charcot, le membre touché ne devra supporter aucune charge et sera enfermé dans un plâtre de contact ou une botte pneumatique (recommandée en cas de lésion à lavant ou au milieu du pied, mais contre-indiquée pour les lésions au talon). Les bottes pneumatiques sont des dispositifs légers en plastique moulé, amovibles et sont en vente libre; ces dispositifs permettent dinsérer des orthèses. Les chambres à air de ces bottes permettent un ajustement sur mesure autour de la cheville lorsquon les gonfle, réduisant ainsi le frottement et minimisant de cette manière les forces de déchirure quentraîne la fonction de la marche. Ces alternatives réutilisables aux plâtres de contact, permettent une inspection régulière des plaies en raison de leur caractère amovible; elles peuvent toutefois savérer moins efficaces chez certains patients qui seront moins enclins à se plier au traitement dune manière suivie. Une décharge de pression adéquate, pendant la phase aiguë de laffection, évitera quune déformation chronique ne survienne. La déformation dun pied de Charcot, même guérie, sera permanente et ne pourra être corrigée quen ayant recours à la chirurgie.
Une mobilité réduite ou perdue au niveau des articulations, et tout spécialement au niveau de la plante du pied et de la dorsiflexion du gros orteil, est souvent associée à un risque plus élevé dulcères plantaires récurrents sous la première tête métatarso-phalangienne. Pour corriger la situation, il peut savérer nécessaire de relâcher les tendons pour éviter une pression dans cette zone lors de la marche. Il faut également noter que les antécédents dulcérations augmentent les risques de récidive. Un suivi attentif est donc de mise. Lillustration 1 montre comment lon évalue les risques en combinant les trois facteurs clés affectant les pieds des personnes diabétiques.
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Tableau 5 Sélection vasculaire pour lévaluation du risque ischémique (modifiée à partir du modèle de Sykes) |
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Indice de pression tibio-brachiale (IPTB) |
Pression dans lorteil |
Forme de londe Doppler |
Saturation approximative en oxygène transcutanée (%)* |
Risque |
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>0,8 |
>55 mm Hg |
Normale |
>40% |
Faible |
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>0,6 0,8 |
>40 mm Hg |
Biphasique ou monophasique |
30% - 40% |
Faible |
|
>0,4 0,6 |
>20 mm Hg |
Biphasique ou monophasique |
20% - 30% |
Élevé |
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<0,4 |
<20 mm Hg |
Monophasique |
<20% |
Grave |
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*Basé sur lexpérience personnelle (R.G. Sibbald) |
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Recommandation 5
Procurer une décharge de pression sil y a perte de sensation protectrice
Comme nous lavons indiqué dans la 4e recommandation, le pied atteint de neuropathie sensorielle chez les diabétiques constitue le premier facteur de risque que lon peut traiter afin de prévenir lulcération et lamputation. Le professionnel des soins de santé devra surveiller lapparition de toute modification des capacités sensorielles chez les personnes diabétiques et procéder, le cas échéant, à des traitements préventifs appropriés en tenant compte de la catégorie de risque à laquelle appartient le patient. Dans ce contexte, les recommandations aux diabétiques devront porter sur les chaussures, les modifications, lorthétique, les orthèses sur mesure et elles devront saccompagner de conseils concernant lactivité et la mobilité (voir tableau 6).3,2731
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Tableau 6 Décharge de la pression en fonction de la catégorie |
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Catégorie |
0 |
1 |
2 |
3 |
4A et 4B |
5 et 6 |
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Non chirurgicale |
Vérifier annuellement |
Vérifier deux fois par année |
Vérifier 2-4 fois par année |
Vérifier 4 fois par année |
Vérifier toutes les deux semaines ou toutes les semaines, au besoin |
Vérifier aussi souvent que nécessaire pour soigner les plaies |
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Chaussures |
Conseiller le port de pantoufles avec des semelles fermes |
Un ajustement professionnel est désormais requis |
Profondeur plus grande, les modèles sont modifiés ou faits sur mesure |
Profondeur plus grande, les modèles sont modifiés ou faits sur mesure |
Comme le no. 2, semblable au pied controlatéral |
Comme le no. 4 |
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Chaussure à bascule |
Non |
Peut-être, si le pied montre des signes de pression à lavant-pied |
Oui, si les articulations sont raides ou sil y a une déformation distale par rapport aux têtes métatarsiennes |
Oui, sil y a déjà eu un ulcère ou épisode de pied de Charcot distal par rapport aux têtes métatarsiennes |
Oui, si les pressions sur lavant-pied controlatéral ne sont pas soulagées par une orthèse |
Comme le no. 4 |
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Orthèses sur mesure |
Si requis pour des raisons biomécaniques |
Orthèses accommodatives sur mesure plus souples |
Comme le no. 1 |
Comme le no. 1, mais utiliser une doublure souple (par ex., Spenco) |
Comme le no. 1, mais utiliser une doublure souple (par ex., Spenco) |
Toujours utiliser des orthèses souples et doublées sur le pied controlatéral |
|
Plâtres de marche (appareil plâtré; fibre de verre etc.) |
Non |
Non |
Peut-être, si la difformité montre des signes précurseurs dulcération |
Peut-être, si la région dun ulcère antérieur montre des signes précurseurs dulcération ou une température plus élevée de 3-4 degrés C, due à un épisode antérieur de pied de Charcot aigu |
Botte amovible pour les ulcères à lavant-pied et à mi-pied/pied de Charcot aigu, utiliser une botte neuropathique sil y a difformité. Pour le pied de Charcot aigu, utiliser tant que la température nest pas revenue à la normale |
Plâtre de contact servant de botte neuropathique, ou une autre orthèse faite sur mesure pour la cheville et le pied, comme latèle pour le tendon de la rotule, si un tel dispositif est disponible. Autrement, choisir une botte amovible pour les ulcères à lavant-pied ou à mi-pied, qui ne permet aucune application de poids au niveau du talon. |
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Décharge de la pression par des moyens chirurgicaux |
Facultatif : Oignons génétiques et autres difformités |
Facultatif : orteils en marteau, oignons, hallux limitus |
Facultatif : Comme au no. 1, avec en plus dautres difformités causant des problèmes de pression plantaire |
Facultatif et urgent : si la récidive de lulcère est imminente et que les mesures non chirurgicales savèrent inefficaces |
Urgent et imminent : Lorsquun débridement énergique de lulcère est requis |
Urgent et imminent : lorsquun pontage est requis pour réduire la biocontamination |
Recommandation 6
Fournir laccès à léducation et aux soins des pieds en fonction des besoins du patient et par catégorie de risque
La connaissance, cest le pouvoir; mais cest aussi ce qui permet aux personnes diabétiques dêtre pleinement conscientes des effets de la maladie sur leurs pieds.816,32,33 Les fortes pressions exercées sur la plante des pieds, combinées à la neuropathie, peuvent mener à la formation de callosités et dulcères. Laccumulation de callosités (hyperkératose) est une réponse naturelle de lorganisme face au stress provoqué par les pressions élevées auxquels sont soumis les pieds. La callosité peut avoir leffet dun caillou dans une chaussure et aboutir, grâce aux traumatismes répétés causés par la marche, à une ulcération (les forces de friction et de déchirure causant la formation dun hématome sous la callosité). Pitei et al.32 ont montré, dans leur étude de 1999 réalisée à laide dun système F-Scan, que les pics de pressions diminuaient une fois la callosité retirée. Le F-scan figure parmi les nombreux systèmes de scanners informatisés disponibles. Ce dispositif recueille les données transmises par 960 points de pression sous la plante des pieds, pendant la marche, permettant ainsi de mieux cibler les efforts de décharge de la pression. Ce dispositif sinsère à même la chaussure et les données objectives et quantifiables quil produit savèrent de précieux indicateurs pour le traitement.32
Il nest pas facile daborder le sujet de lactivité physique car, dans bien des cas, la marche représente lunique forme dexercice qui soit à la portée des patients. Pour une personne diabétique qui évolue parmi les catégories de risque, la modification de son niveau dactivité personnelle est lun des facteurs qui pourra avoir un réel effet sur lapparition - ou non - de complications. On devra identifier les besoins individuels de la personne diabétique et laider à ajuster son niveau dactivité en conséquence. Le tableau 7 fournit à cet égard plusieurs suggestions quant aux façons dassister cette personne en élaborant avec elle un programme préventif dactivités et dexercices.
Recommandation 7
Classer les ulcérations plantaires selon une catégorie.
Il importe de fournir une description juste et systématique des caractéristiques dun ulcère afin de permettre la bonne planification et un contrôle pertinent du traitement; il importe également détablir une prévision des résultats en plus de développer une bonne communication chez le personnel soignant.26 De cette manière, plusieurs possibilités soffrent à ces derniers.
Au tableau 8, on peut voir le système de classification des traitements du pied diabétique élaboré à la University of Texas. Dans ce tableau, on peut examiner les facteurs de risque, lamputation et les ulcérations (troubles vasculaires, infections, pied de Charcot et pression ainsi que la mobilité réduite des articulations).
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Tableau 7 Suggestions de programmes dactivités et dexercices |
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Catégorie |
Activité et exercice : Il sagit ici seulement de suggestions, car chaque personne diabétique devra être évaluée individuellement |
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0 |
Portez des chaussures bien ajustées et faites de lexercice comme vous le désirez |
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1 |
Évitez de marcher trop longtemps si des points de pression apparaissent de façon récurrente sur les pieds |
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2 |
Choisissez des activités qui limiteront les impacts sur vos pieds, comme la bicyclette |
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3 |
Marchez seulement pour vos déplacements quotidiens. Vos activités ne devraient causer aucun impact sur vos pieds. Choisissez des exercices dans leau ou du type vélo couché. |
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4a et 4b |
Lulcère ne doit soutenir aucun poids; utiliser des orthèses pour la cheville/le pied, des chaussures à bascule, un plâtre de contact ou des béquilles; aucune charge ne doit être appliquée. |
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5 et 6 |
Le patient sera alité jusquà ce que les problèmes imminents aient été réglés. On devra identifier et répondre aux besoins psychosociaux de la personne diabétique. |
Recommandation 8
Procurer un environnement optimal pour la plaie (débridement, équilibre hydrique, maîtrise de linfection). Si on na pas établi la curabilité, la cicatrisation humide interactive et un débridement énergique ne sont pas recommandés. Si la cicatrisation retarde malgré les meilleures pratiques cliniques, les agents biologiques peuvent être des stimulants utiles de cicatrisation
Les meilleures stratégies de traitement à adopter pour dispenser des soins locaux à une plaie consisteront en des stratégies fondées sur des preuves médicales.34-39 Lapproche concernant le traitement local de la plaie débute avec lévaluation minutieuse du lit de la plaie, de lexsudat et de la peau environnante. Il est recommandé de nettoyer la plaie à laide dagents non cytotoxiques, de solutions salines ou deau stérilisée. Le lit de la plaie sera classé soit comme escarre nécrotique (noire), fibrine (jaune) ou tissu de granulation (rouge rosé).
Le débridement constitue une mesure importante qui permettra de retirer les tissus dévitalisés de la région de la plaie, mais cette mesure ne devrait être employée que si lapport sanguin est adéquat. Ainsi, il a été démontré que le fait de retirer les tissus dévitalisés de lenvironnement immédiat de la plaie accélérait la cicatrisation des ulcères neuropathiques.40 Les séances de débridement peuvent être tenues à intervalles réguliers sur une base hebdomadaire ou mensuelle, selon le cas. Le débridement de surface peut se faire de façon mécanique ou autolytique, ou encore de manière chirurgicale; toutefois, les nécroses plus profondes exigeront un débridement chirurgical. Le choix du pansement portera, de préférence, sur un pansement humide, ceci afin de minimiser le traumatisme et les risques dinfection.
Ainsi, le choix du pansement se fera en fonction de la plaie et visera à établir un équilibre hydrique local.41,42 Parmi les pansements modernes humides et interactifs que lon utilise pour traiter les ulcères aux pieds chez les diabétiques, on note les pansements de mousse (à haut degré dabsorption), les pansements dalginate de calcium (absorption, hémostase), dhydrogel (équilibre hydrique), hydrocolloïdes (occlusion) et les pansements à membrane adhésive (protection de la plaie). Voir à ce sujet la 11e recommandation de la Préparation du lit de la plaie par Sibbald et al.42
En prenant pour acquis le fait que les composants suivants : lapport vasculaire, linfection, la pression sont en place , c'est-à-dire que la vascularisation sera suffisante pour permettre la cicatrisation, que linfection a été maîtrisée, et que la pression a été adéquatement déchargée; lulcère aux pieds chez le diabétique devrait donc en principe se cicatriser, à moins que des facteurs de lhôte ne viennent nuire au processus. Le soin local prodigué aux plaies devrait comprendre le débridement complet des tissus nécrosés43 ainsi quun équilibre hydrique et bactérien bien établi. Ces critères étant remplis, il sera possible denvisager lutilisation de nouveaux pansements biologiques. Le facteur de croissance dérivé des plaquettes (FCDP) peut être utilisé pour soigner les ulcères de pied neurotrope chez les diabétiques, qui ne se cicatrisent pas. Le FCDP est un catalyseur important dans le processus de cicatrisation des plaies; il encourage la migration cellulaire des leucocytes polymorphonucléaires et des macrophages et il stimule la sécrétion du collagène par les fibroblastes. Le FCDP est mis sur le marché dans un médium à base dhydrogel (Regranex®, Ortho-McNeil Pharmaceutical, Raritan, NJ) et il sapplique à chaque jour pendant des périodes pouvant durer jusquà 20 semaines. Selon une étude menée par Wieman et al.44, des signes de cicatrisation devraient se manifester après 8 semaines. Lors de cette étude (dune durée de 20 semaines, et réalisée dans des conditions de pratique clinique optimales), les résultats de lhydrogel à base de FCDP ont été comparés à ceux dun hydrogel placebo. Alors que le taux de réussite du gel placebo atteignait 35%, le gel actif a entraîné un taux de cicatrisation de lordre de 50%, et ce en moins de temps (86 jours au lieu de 127).45
Lutilisation déquivalents biologiques de peau constitue une autre avenue possible pour le traitement des plaies diabétiques qui refusent de se cicatriser. Le Dermagraft® (Advanced Tissue Sciences, La Jolla, Calif. et Smith & Nephew, Largo, Fla.) est un composé de fibroblastes vivants provenant de prépuces de nouveaux-nés placés sur une trame fibreuse de soutien en vicryl et libérant des facteurs de croissance à des concentrations physiologiques. Cette peau artificielle est placée en incubateur dans lenvironnement stérile dun bioréacteur, que lon refroidit par la suite à -70ûC, pour enfin greffer la peau dégelée sur des ulcères de pied neurotrope chez les diabétiques, qui ne se cicatrisent pas. Pollack et al.45 ont ainsi traité pendant 12 semaines un total de 281 ulcères de pieds diabétiques dans des conditions de pratique clinique optimales. Les patients qui recevaient huit applications de Dermagraft® par semaine dans la marge thérapeutique présentaient un taux de guérison de 54,1% (20 sur 37), par rapport au groupe de contrôle dont le taux de réussite sélevait seulement à 31% (40 sur 126). Plus récemment, Apligraf™ (Organogenesis, Canton, Mass. et Novartis Pharmaceuticals, East Hanover, NJ) a montré un taux de réussite semblable dans le traitement des ulcères aux pieds chez les diabétiques qui ne guérissent pas. Apligraf™ est un équivalent cutané allogénique et bicouche, contenant des collagènes bovins et des fibroblastes dermiques couverts de cellules épithéliales qui se différencient en produisant une couche cornée épidermique. Dans létude sur les ulcères de pied neurotrope chez les diabétiques, le taux de cicatrisation complète après 12 semaines était de 56% pour le groupe Apligraf™ et de 38% pour le groupe de contrôle. La durée médiane, calculée selon la méthode de Kaplan-Meier pour parvenir à une cicatrisation complète, était réduite de manière significative chez les patients qui utilisaient Apligraf™, et ceci par rapport au groupe de contrôle (65 jours au lieu de 90).46
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Tableau 8 Système de classification des traitements de base du pied diabétique de la University of Texas |
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Stade |
Grade 0 |
Catégorie 1 |
Catégorie 2 |
Catégorie 3 |
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A |
Pied au stade pré ou post ulcéreux qui présente encore un risque dulcération |
Ulcère superficiel qui ne touche pas les tendons, capsules ou os |
Lulcère pénètre jusquaux tendons et capsules articulaires |
Lulcère pénètre jusquà los |
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B |
Présence dinfection |
Présence dinfection |
Présence dinfection |
Présence dinfection |
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C |
Présence dischémie |
Présence dischémie |
Présence dischémie |
Présence dischémie |
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D |
Présence dinfection et dischémie |
Présence dinfection et dischémie |
Présence dinfection et dischémie |
Présence dinfection et dischémie |
Recommandation 9
Évaluer et traiter linfection si indiqué
Lincidence dinfection associée aux lésions de pied chez les diabétiques est élevée.46-48 De petites érosions ou fissures dans la peau peuvent conduire, si elles ne sont pas décelées à temps, à lapparition de cellulite localisée et à une lymphadénite. Avec la perte de sensation protectrice, il devient important dexaminer les pieds chaque jour. Tous les ulcères cutanés sont contaminés par une flore bactérienne, et lorsque la flore se multiplie en microcolonies et sattache aux tissus de surface, on peut affirmer que la colonisation est installée. Un ulcère peut certes guérir malgré la présence de colonies bactériennes à sa surface, mais si la colonisation atteint un stade critique et que le fardeau bactérien devient trop lourd, la cicatrisation pourra être retardée et lulcère pourra sagrandir sans que lon ne remarque les signes et les symptômes cliniques habituels.49,50
Lune des premières indications observables est une hausse de température de lordre de 4°F à 5°F, lorsque lon compare le pied atteint avec lautre pied du patient. Lorsque la condition du patient diabétique est mal régulée (Hgb A1c >12), la réponse inflammatoire peut ne pas être normale. Plusieurs autres facteurs de lhôte peuvent également empêcher lapparition des signes caractéristiques de linfection. Les signes apparents dune infection sont dabord une augmentation de la décharge de fluide et, par la suite, le développement éventuel dune odeur. Le bord de lulcère peut avoir macéré, les tissus friables peuvent saigner et des ponts peuvent également sêtre formés entre une base de tissu de granulation hypertrophique et un épiderme adjacent non viable (tissu épidermique flottant sur une base dermique friable et relâchée). Chez ces patients, il simpose de procéder à un débridement énergique du pourtour de lulcère, dune part, mais également de faire de même pour le lit de la plaie. Il faudra ensuite prélever des échantillons de tissu viable sur écouvillon pour culture en pressant dun mouvement circulaire loutil de prélèvement, ou encore en le laissant traîner dun mouvement en zigzag sur une surface de tissus de granulation dapparence saine (culture semi-quantitative). Le curetage de la base de lulcère permettra de recueillir des échantillons de bactéries sous la surface de celui-ci. Certains centres spécialisés offrent lexemple idéal quant à la biopsie quantitative de la peau ou la culture quantitative sur écouvillon. Une biopsie quantitative montrant une présence de 1,0 x 106 organismes devrait signaler au clinicien quil y a une forte possibilité que la présence dun fardeau bactérien important réussisse à ralentir ou même à empêcher la cicatrisation. La virulence des organismes et des différents facteurs associés à lhôte devront être considérés avant que lon puisse décider de faire appel aux antibiotiques oraux. Notons quil est important datteindre léquilibre bactérien (< 1,0 x 106) avant de recourir aux agents biologiques.
Certains praticiens utilisent des antibiotiques/antibactériens topiques. Le potentiel de sensibilisation de ces agents devrait être relativement faible et ils ne devraient pas être employés de manière systématique. Idéalement, les antibiotiques topiques seront utilisés pendant de brèves périodes (deux semaines par exemple) pour ensuite être remplacés par des agents systémiques si les signes ou les symptômes de linfection sétendent au-delà du lit de la plaie (voir les recommandations 8 et 9 de la Préparation du lit de la plaie par Sibbald et al.)42
Les antiseptiques topiques sont des produits toxiques pour le tissu de granulation des plaies mais ils permettent de réduire le fardeau bactérien local; ils peuvent être utilisés, mais seulement pour les plaies qui ne démontrent pas de potentiel de guérison. Ces agents provoquent une déshydratation de la peau et préviennent la prolifération bactérienne locale. Un grand nombre de bactéries dans les tissus peut faciliter la contamination des tissus viables situés à proximité. On pourra administrer des antibiotiques oraux aux patients infectés pendant une période de deux semaines, selon les résultats de la culture. Si lon na pas effectué de culture, et si lulcère existe depuis moins dun mois, il est généralement conseillé dentreprendre un traitement empirique contre les Gram positifs. Si lulcère est présent depuis plus dun mois, il devient alors nécessaire dentreprendre un tel traitement, qui visera également les anaérobies (voir tableaux 9 et 10).51
Grayson52 a démontré que pour le cas de lostéomyélite en particulier, celle-ci présente une sensibilité et une spécificité importantes si lulcère du pied diabétique se rend jusquà los. Parce que la neuropathie provoque lostéopénie, les rayons X sont souvent négatifs à prime abord et la scintigraphie osseuse peut savérer peu fiable (le test des leucocytes et le tomodensitogramme sont plus spécifiques, mais ce dernier est plus coûteux et moins disponible).
La vitesse de sédimentation et lépreuve de dépistage de la protéine C-réactive sont des indicateurs non spécifiques dinfection. Si la vitesse de sédimentation est supérieure à 40 (sans aucune autre cause sous-jacente), et si celle-ci revient à la normale après le traitement, cela constitue une preuve probante dune ostéomyélite passée. Une seconde prise de rayons X, effectuée de 2 à 4 semaines après la première, pourra révéler une nouvelle formation dos périostique, suggérant ainsi quune cicatrisation est possible. Los nécrosé devra sans doute être retiré chirurgicalement. Par ailleurs, la période de traitement de lostéomyélite est sujette à la controverse. En effet, dans le cas dinfections graves, le traitement initial est habituellement intraveineux et est suivi par une thérapie orale. Les patients auront souvent besoin de prendre des antibiotiques systémiques pendant 6 semaines; pour dautres, cette période peut sétendre jusquà 3 ou 6 mois, et même plus. Lablation chirurgicale dos nécrosé ou infecté peut savérer nécessaire pour éliminer lostéomyélite. Le traitement de linfection constitue ainsi un élément critique des soins.
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Tableau 9 Gestion des antibiotiques administrés pour les infections mineures liées au pied diabétique chez ladulte *52 |
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Organismes en cause |
Première ligne |
Seconde ligne |
Troisième ligne |
Commentaires |
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Staphylococcus aureus |
TMP/SMX (2 comprimés b.i.d. ou 1DS comp. b.i.d.) |
AM/CL (250 mg t.i.d.) |
Clindamycine |
1. Envisager lutilisation de ciprofloxacine sil y a présence de pseudomonas aeruginosa. |
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Streptocoques de groupe A |
plus |
ou |
(150 mg300 mg q.i.d.) |
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Streptocoques de groupe B |
Métronidazole (500 mg t.i.d.) |
TMP/SMX (2 comprimés b.i.d. ou 1DS comp. b.i.d.) |
plus lun des suivants : |
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Entérocoques |
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plus |
Ofloxacine (200 mg b.i.d.) |
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Mélange aérobies/anaérobies |
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Clindamycine |
ou |
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(150 mg300 mg q.i.d.) |
Ciprofloxacine1 (500 mg750 mg b.i.d.) |
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TMP/SMX = triméthoprime/sulfaméthoxazole
AM/CL = amoxicilline/clavulanate
*Modifié à partir des directives anti-infectieuses ontariennes
de 1997
Reproduit avec la permission de Browne A.C., et R.G. Sibbald. « The diabetic
neuropathic ulcer: an overview. » 1999, Vol. 45, No 1A, p. 6S20S.
©1999 Health Management Publications, Inc.
Recommandation 10
Identifier et modifier les co-facteurs liés au patient
Les personnes diabétiques doivent prendre part au processus décisionnel. Elles doivent également sentir quelles sont responsables de leur propre santé. Parmi les sujets que lon abordera avec elles, il y a le régime alimentaire, la consommation dalcool, le tabagisme, lexercice et les activités de la vie quotidienne (AVQ). Le régime alimentaire doit être équilibré de manière à répondre aux besoins de chacun. Les taux sériques de lipides Hgb A1c et le poids du patient permettront de déterminer si le régime alimentaire est équilibré et si lapport calorique est adéquat. La consommation dalcool peut provoquer une hausse des taux sériques de lipides. Le tabagisme multiplie les risques par deux chez la personne diabétique : à laccélération de la maladie vasculaire périphérique sajoute le ralentissement du transfert local doxygène. On devrait suggérer à chaque patients de cesser de fumer à laide du bupropion (Zyban™, Glaxo-Wellcome, Research Triangle Park, NC), de timbres de nicotine (NicodermTM, SmithKline Beecham Consumer Healthcare, Pittsburgh, PA.), de gomme à la nicotine (Nicorettes™, SmithKline Beecham Consumer Healthcare, Pittsburgh, PA.), dhypnose, ou dautres stratégies permettant de modifier leur comportement. Toutefois, à moins que les patients soient décidés à cesser de fumer, les efforts des professionnels de la santé pourraient demeurer vains. Plusieurs chirurgiens vasculaires refuseront deffectuer des pontages coronariens aux fumeurs, à moins que ceux-ci cessent de fumer avant lintervention.
Il est également important de se pencher sur certains facteurs socio-économiques. Les diabétiques prennent des médicaments dispendieux et leur assurance-médicaments peut ne pas couvrir lensemble de leurs besoins. Ainsi, les pansements et les dispositifs permettant de réduire la pression peuvent ne pas être couverts. Si ces produits savèrent trop dispendieux pour le patient, léquipe de soins de santé devrait référer le patient à un travailleur social de manière à faciliter laccès à ces ressources.
On devra également se pencher sur les questions touchant la qualité de vie.53-55 En raison de leurs nombreux problèmes de santé, les diabétiques sont souvent déprimés. De plus, limpotence les affecte plus quelle naffecte lensemble de la population. La neuropathie cause également des douleurs qui peuvent être soulagées par les antidépresseurs tricycliques (lamitriptyline et la désipramine pour les sensations de brûlure et les démangeaisons) ou par le Neurontin (utile plus particulièrement contre les douleurs fulgurantes ou en coup de poignard). La qualité de vie peut être mesurée grâce à certains outils généraux ou spécialisés pour un type particulier de maladie.53,54 Parmi les outils généraux, notons le Nottingham Health Profile, Dartmouth Co-op Function Health Assessment, ou les outils SF36 et SF12. Bien que ces outils aient surtout été utilisés dans un cadre de recherche, leur utilisation dans la pratique de tous les jours pourrait permettre de mieux identifier les besoins des patients.
Les programmes éducatifs destinés aux diabétiques contiennent des principes de soin des pieds, mais ceux-ci devront également comprendre des mesures incitatives qui feront en sorte que les patients suivront leur traitement sous tous ses aspects.
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Tableau 10 Gestion des antibiotiques administrés pour les infections graves liées au pied diabétique chez ladulte *52 |
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Organismes en cause |
Première ligne |
Seconde ligne |
Troisième ligne |
Commentaires |
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Staphylococcus aureus
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Ciprofloxacine |
AM/CL1 |
Cloxacilline |
1. On devrait effectuer des cultures. Considérer ladmission à lhôpital. Si les anaérobies posent problème, alors on devra ajouter la clindamycine ou le métronidazole. Tout dépendra du lieu et du spectre des pathogènes et de la gravité de linfection. LAM/CL couvre les anaérobies et peut être employé seul.
2. Le TMP/SMX ne devrait pas être utilisé sil y a présence de pseudomonas aeruginosa.
3. Si utilisé pendant >2 jours, vérifier la clairance de la créatinine; >5 jours, attention, car il y a risque de néphrotoxicité et dototoxicité. |
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Streptocoques du groupe A |
IV: 400 mg q12h) |
ou |
(IV: 250 mg500 mg q46h) |
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Polymicrobien |
± |
TMP/SMX2 |
Céfazoline IV: |
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Clindamycine1 |
ou |
plus lun des agents suivants: |
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ou |
Ceftriaxone IM/IV |
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Métronidazole1 |
Lun ou lautre des agents ci-dessus ±: |
Gentamicine IV:3 |
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Métronidazole1 |
Tobramycine IV:3 |
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Clindamycine1 |
Amikacine IV:3 |
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TMP/SMX = triméthoprime/sulfaméthoxazole
AM/CL = amoxicilline/clavulanate
*Modifié à partir des directives anti-infectieuses ontariennes
de 1997
Reproduit avec la permission de Browne A.C., et Sibbald R.G. « The diabetic
neuropathic ulcer: an overview. » 1999, Vol. 45, No 1A, p. 6S20S.
©1999 Health Management Publications, Inc.
Recommandation 11
Former et habiliter une équipe à travailler avec les personnes diabétiques
La nature complexe des plaies chez une personne diabétique nécessite une gestion qui passe par une approche multidisciplinaire coordonnée.56-60 Frykberg58 a démontré, à travers une rétrospective de la littérature, que le nombre damputations diminuait considérablement (entre 58% et 100%) après la mise en uvre dune approche multidisciplinaire au soin des pieds. Léquipe devra sassurer du bien-être des diabétiques et de la sauvegarde de leurs membres inférieurs. La littérature traite du rôle des nombreux intervenants de léquipe, soit les spécialistes du diabète, les chirurgiens vasculaires, les podiatres, les infirmières enseignantes spécialistes du diabète et les orthésistes. Un contexte clinique serait préférable mais nest pas obligatoire. Les équipes pourront uvrer en dehors des murs dune institution, bien quil soit plus difficile dans ce cas dassurer la coordination des efforts. Les équipes devront également prodiguer des soins aux pieds qui seront énergiques, basés sur des preuves médicales et qui correspondent à une catégorie de risque donnée (utilisation dun langage commun) afin de prévenir les ulcérations et en bout de ligne, lamputation.3
En communiquant les risques, en coordonnant les soins et en prévoyant les résultats, les professionnels de la santé seront en mesure de réduire le nombre damputations inutiles et ainsi, ils contribueront à améliorer la qualité de vie des personnes atteintes du diabète.3
Références
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